L'homosexualité et l'homophobie en Afrique : mythe ou réalité ?

Des manifestants contre un projet de loi qui réprime l’homosexualité en Ouganda – Février 2014 © Le Monde

L’homosexualité en Afrique est un sujet de moins en moins tabou. De nos jours bien que des communautés gays et lesbiennes se créent, une majorité d’Africains n’arrive toujours pas à avaler la pilule. Selon eux, les Africains ne sont pas homosexuels et cette pratique serait venue avec l’arrivée des Occidentaux pendant la colonisation. La plupart des pays africains créent un environnement anti-gay pour des raisons culturelles ou religieuses. Alors que les communautés homosexuelles se battent pour leurs droits, dans plusieurs pays elles sont encore agressées, torturées et sont parfois lapidées.

L’homosexualité existe depuis des siècles en Afrique. Ces 25 dernières années, bien que très stigmatisés, voire diabolisés, les homosexuels s’affirment pendant des « gay pride ». Un festival qui n’avait lieu dans aucun pays d’Afrique il y’a quelques années. Une avancée énorme pour cette communauté.

Homosexualité en Afrique, mythe ou réalité ?

L’homosexualité fait référence à une attirance entre deux personnes de même sexe. En Afrique, les sujets faisant référence à la sexualité depuis l’ère du christianisme sont presque tabous. Le sexe se pratique plus qu’il ne se dit. Avec l’arrivée des missionnaires en Afrique, certaines pratiques vues comme étant normales seraient devenues des pratiques sexuelles « insolentes, obscènes, indécentes, des vices détestables, des copulations contre nature ».

Selon certains anthropologues, les missionnaires décrivaient ces pulsions comme étant des coutumes sexuelles bizarres propres aux indigènes. Certains auteurs affirment que certains vices sexuels comme l’onanisme — masturbation — ou la sodomie sont dus à l’influence de la colonisation, car propre aux cultures très civilisées chez les blancs. Selon certains socioanalystes, l’homosexualité pratiquée occasionnellement ou non en Afrique se veut avant tout jouissive ou initiatique dans certaines cultures. L’homosexualité en Afrique est une réalité. Ce n’est pas qu’un mythe occidental. Elle est de tout temps et de toutes les cultures, mais reste méconnue à des degrés différents selon les pays.

L’homosexualité en langue vernaculaire

À partir de langues vernaculaires africaines, il est possible de ressortir des thèmes relatifs à l’homosexualité. En Angola, la sodomie est très présente entre hommes, on les appelle les « Quimbandas », du nom d’un groupe ethnique qui avait la spécificité d’avoir des rapports sexuels en étant déguisé en femme. Toujours en Angola, chez les Wawihé, les bisexuels étaient appelés « Omututa » qui signifie passivité ou activité dans la sodomie. Le terme « Okulikoweka » désignait par ailleurs la sexualité entre personnes de mêmes sexes.

Au Burundi certains auteurs ont trouvé quelques mots qui se rapporteraient à l’homosexualité. Il s’agit de « Kuswerana », « N’kimbwa » qui signifie faire l’amour comme des chiens. Mais aussi « Kwitomba », « kunonoka » être souple, ou « Kuralana nyuma » faire l’amour de façon anale. En Tanzanie ils sont appelés « Kufirwa », en kiswahili « mke-si mume », chez les Bafia au Cameroun « ji’gele keton ». Et la liste est non exhaustive. Plusieurs ethnies ont donc un nom en langue pour désigner les homosexuels. Ce qui pourrait prouver la réalité de l’homosexualité sur le Continent.

L’homosexualité en Afrique… une histoire qui remonte à l’ancienne Égypte

Selon le sociologue camerounais Charles Gueboguo, les pratiques homosexuelles ont toujours existé en Afrique. Il semblerait que l’interdiction légale viendrait à partir de l’arrivée des Occidentaux, notamment avec la religion. Plusieurs anthropologues africains, dont Thabo Mibi de l’université de Kwazulu-Natal ou Marc Epprecht et bien d’autres, ont voulu remonter dans le temps pour citer des cas d’homosexualité dans le continent.

Le premier cas documenté viendrait d’Égypte en -2400. Deux contremaitres et manucures au palais du Roi ont été représentés sur une toile comme des amants. Il est également possible de retrouver des peintures vieilles de 2000 ans représentant des hommes ayant des rapports anaux. Au 17e siècle, des travestis d’Angola avaient affirmé à des prêtres portugais (G. Azedvereduc et A. Sequerius) avoir été mariés à des hommes. Ce genre de témoignages sur les mariages entre hommes en Afrique de l’Est a également été enregistré au Kenya ou en Ouganda.

L’homosexualité une coutume ?

L’anthropologue Evans-Pritchard a enregistré que les Azande au Nord du Congo au 18e siècle ont pratiqué une coutume traditionnelle qui permettait aux anciens guerriers de se marier avec de jeunes hommes de 12 à 20 ans leur servant d’époux. Dans le Royaume Lobedu, l’actuelle Afrique du Sud, Mobadji « Reine de la pluie » était le précurseur du lesbianisme en Afrique. Elle avait dans son royaume jusqu’à 15 jeunes femmes avec qui elle avait des rapports sexuels.

Il semblerait également selon les anthropologues que les pays d’Afrique centrale comptaient plusieurs groupes ethniques homosexuels. Selon une documentation de Murray et Roscoe, l’on parle des Bafia au Cameroun. Cette ethnie voyait l’homosexualité chez les jeunes hommes comme normale afin d’éviter l’imprégnation des jeunes filles pendant la puberté.  Les Igbos du Nigéria, les Nuer du Soudan ou encore les Kuria de Tanzanie incluent eux aussi l’homosexualité dans leurs cultures. Selon ses anthropologues, ces exemples pourraient lutter contre la forte culture anti-gay en Afrique. Ils voudraient montrer que les homosexuels existent en Afrique depuis la nuit des temps.

Les lois africaines sont-elles homophobes ?

Contrairement aux années précédentes, le sujet sur l’homosexualité en Afrique commence à être moins tabou. Beaucoup d’Africains commencent à donner leurs avis sur le sujet. À ce jour, deux tiers des pays criminalisent l’homosexualité. Selon un sondage mené par Antoine Rivière de « Vue sur le monde », le statut des homosexuels est légal dans 18 pays. À savoir au Bénin, au Burkina Faso, au Cap Vert, en Centrafrique, au Tchad, au Congo Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Mais aussi en RDC, à Djibouti, en Guinée équatoriale, au Gabon, en Guinée Bissau, au Lesotho, à Madagascar ou encore au Mali. Et enfin au Niger, au Rwanda et en Afrique du Sud.

Le statut de l’homosexualité dans les pays africains © Vue Sur le Monde

En revanche, l’homosexualité est illégale et passible de peine de mort dans quatre pays notamment la Mauritanie, le Nigéria (Etats du Nord), le Soudan et Sud de la Somalie. Dans les 33 pays restants, l’homosexualité y est illégale, mais punie dans une moindre mesure. Des sanctions sont prévues, elles vont des amendes aux emprisonnements.

Les Africains sont-ils homophobes ?

Amnesty International dénonce néanmoins une montée de l’homophobie orchestrée selon eux par les États. Depuis trois ans, Amnesty International dénonce la recrudescence d’agressions, d’emprisonnements et même de crimes homophobes. Selon eux, les Africains ne cachent plus leur haine pour les homosexuels, multiplient les violences et sont soutenus par les législations de certains pays. Ces dernières années, l’organisation de défense des droits de l’homme pense que l’homophobie a atteint un niveau délicat et inquiétant.

Néanmoins, les mentalités changent. Les homosexuels africains s’affirment de plus en plus. Depuis ces dernières années, les gays et lesbiennes sont de plus en plus visibles et mieux organisés. Ils revendiquent ouvertement leurs droits. De plus, nous constatons une légère acceptation de la population qui condamne de moins en moins l’homosexualité, car selon eux « Aimer ne devrait pas être un crime ». D’ailleurs, de nombreuses associations de lutte contre l’homophobie naissent. Certains activistes homosexuels sont également reconnus malgré les menaces qui pèsent sur eux. L’on observe donc de réels progrès. Amnesty International encourage notamment la commission africaine des droits de l’Homme et des peuples à empêcher la diabolisation des homosexuels.

Le point de vue des États et l’opinion publique

Toutefois, plusieurs présidents sont contre l’homosexualité et ne se privent pas de le dire. Selon Robert Mugabe du Zimbabwe, « les homosexuels sont pires que les porcs et les chiens ». Il n’est pas le seul à avoir eu des propos durs envers eux. Le président Museveni de l’Ouganda a décrit les homosexuels comme étant des personnes « dégoutantes ». Yahyah Jammeh ancien président de la Gambie avait lui aussi dit  que les homosexuels sont des « moustiques et vermines ». Lors d’une de ses dernières visites au Sénégal, l’ancien président des États-Unis, Barack Obama avait exprimé son soutien aux homosexuels africains. Son homologue sénégalais, Macky Sall avait répondu que « le Sénégal n’est pas encore prêt à dépénaliser l’homosexualité ».

Bien que l’Afrique du Sud soit en théorie le pays qui autorise l’homosexualité et l’adoption pour des couples de même sexe, le président Jacob Zuma ne porte pas non plus les homosexuels dans son cœur. Il avait déclaré « Le mariage des homosexuels est une disgrâce pour la nation et pour Dieu » avant de s’excuser publiquement. Il convient de se demander si certains ne sont pas homophobes en raison des valeurs africaines. En effet, certains conservateurs estiment que l’homosexualité est « anti-africaine ». Culturellement et moralement, ils trouvent grotesque et abominable que deux personnes du même sexe s’accouplent. En majorité, ils sont plus durs quand il s’agit de gays que de lesbiennes.

Afin d’avoir un avis plus large, Africapostnews a réalisé un sondage sur le réseau social Twitter. La question posée était « Que pensez-vous de l’homosexualité en Afrique ? » Sur 360 votes, 20 % pensent qu’elle devrait être légale, 33 % estiment que légale ou pas tant que la décision est prise on s’y conforte. Par contre, 40 % pensent qu’elle devrait être punie. Un écart considérable sur cet échantillon.

Des réactions qui témoignent encore d’une difficile acceptation

Les réactions étaient également mitigées, d’un côté des radicaux en majorité contre l’homosexualité et d’un autre des réactions plus timides plutôt positives. Parmi les plus extrémistes, certains ont déclaré que l’homosexualité mériterait « la peine de mort ». Un jeune homme pense que « ce sondage ne devrait pas exister, on doit être catégorique. L’homosexualité n’a pas lieu d’être ». Un autre a rajouté que « les homosexuels devraient savoir que l’homosexualité est un problème humain, soit nous le traitons ensemble, soit on laisse au risque d’avoir des petits fils homosexuels ».

Bien que rare, les réactions plus positives étaient surtout féminines « Une loi ne peut être valable sur toute l’Afrique, accepter l’homosexualité sans légiférer serait déjà un grand pas ». Une autre réaction « c’est toujours drôle de voir la solidarité qui anime les hétérosexuels quand il s’agit de discriminer les homosexuels, une bande de discriminés qui ne se gêne pas de discriminer un autre groupe social ».

Après cette courte étude, il semblerait que les Africains aient encore du mal avec l’homosexualité. Même si de nos jours certains pays progressent et votent des lois pour protéger les homosexuels, le chemin vers l’acceptation est encore long.

 

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