La Reine Abla Pokou : elle sacrifie son fils unique pour libérer le peuple Baoulé

Nièce du fondateur de la confédération Ashanti de l’actuel Ghana, Abla Pokou devient reine légitime après la mort de son oncle et ses frères. Traquée par les assassins de son frère, elle a la responsabilité de son peuple et décide de fuir vers le Nord-ouest. Freinée par un fleuve immense et turbulent qui réclame quelque chose cher à leurs yeux, elle décide de lui offrir son fils unique. Cette légende a traversé les frontières racontant le courage d’une reine exceptionnelle.

En hommage à son sacrifice, les femmes occupent une place importante dans la société traditionnelle Baoulé. Un rite initiatique spécial leur est dédié. Leur capitale a été nommée « Sakassou » qui veut dire « lieu de funérailles ».

Une succession lourde et dangereuse

Au 17e siècle dans la région du Ghana actuel vivait un grand peuple Akan. Après la mort du Roi Ossei Tutu fondateur de la confédération Ashanti de l’actuel Ghana, il fallait désigner son successeur. À cette époque, la souveraineté revenait directement au fils de celui-ci. N’ayant pas de fils, son neveu lui succéda.

À la mort de son neveu, la guerre éclata entre Dakon le second neveu et un vieil oncle de la famille. Dakon, frère d’Abla Pokou fût tué lors d’une lutte dans la capitale du royaume de Koumassi. Comprenant l’enjeu, Abla Pokou souveraine légitime comprit que le même sort lui serait réservé si elle ne partait pas. Elle décide de s’enfuir vers le nord-Ouest avec ceux qui la reconnaissent comme reine.

La légende raconte que son peuple et elle marchent pendant des jours essayant de fuir ses détracteurs. Ils se retrouvent à la frontière entre le Ghana et la Cote d’ivoire en face du fleuve Comoé. Malheureusement le fleuve trop turbulent est infranchissable. Pour maintenir en vie ses sujets qui lui avaient accordé toute leur confiance, la reine cherche une solution pour traverser le fleuve et s’en remet aux divinités.

 Elle demande donc à son devin : « dis-nous ce que demande le génie de ce fleuve pour nous laisser passer ? ». Celui-ci répondit : « Reine, le fleuve est irrité, il ne s’apaisera que lorsque nous lui aurons donné en offrande ce que nous avons de plus cher ». Les femmes proposent donc à la reine leurs bijoux les plus précieux et les hommes leur bétail. Le devin rétorqua : « ce que nous avons de plus cher, ce sont nos enfants ».

L’incroyable sacrifice d’une mère

Se sentant responsable de la survie de son peuple, elle refusa que ses fidèles se sacrifient à sa place. Abla Pokou se présenta devant le fleuve, retira le pagne qui retenait son unique fils à son dos. « Kouakou, mon unique enfant, pardonne-moi, mais j’ai compris qu’il faut que je te sacrifie pour la survie de notre tribu. Plus qu’une femme ou une mère, une reine est avant tout une reine ! » s’exclama-t-elle.

Malgré les pleurs de ses sujets étonnés de cette décision, la reine déterminée avança en direction du fleuve avec son fils dans les bras. Le regardant tristement une dernière fois dans les yeux avant de l’offrir au fleuve. Le sacrifice fait, le fleuve s’est immédiatement apaisé. La tribu traversa enfin. Avant la traversée, la reine n’avait fait couler aucune larme. Arrivée sur l’autre rive, elle poussa un cri en sanglot : « BA OULI » qui signifie « l’enfant est mort ». C’est de là que vient le nom de la tribu « Baoulé », en souvenir de cet enfant.

Certains disent qu’après le sacrifice, un arbre fromager s’est penché pour laisser la tribu traverser. La capitale traditionnelle de l’ethnie fut baptisée Sakassou qui veut dire « lieu des funérailles ». La Reine règnera des années dans la région de l’actuelle Côte d’Ivoire en créant des cités-États en huit clans principaux : les N’gbans, Oualèbo, Agbas, Ahitous, Nzikiplis, Nanafwès, Saafwès, Faafwès. Elle offrit une place de choix à la femme dans la société traditionnelle Baoulé en initiant les femmes à la danse « Adjanou », un rite sous forme d’exorcisation révélant le pouvoir caché de la femme. L’histoire de cette reine courageuse et déterminée sert à comprendre la notion de sacrifice. Cette légende par la transmission orale a traversé les frontières depuis des siècles.

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