Les naufragés du Titanic ont une histoire, ceux du bateau Le Joola ne sont que des chiffres

 

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[Histoire] Sénégal (Africapostnews) – Si le nom du Titanic nous évoque à tous quelque chose, le Joola reste inconnu pour bon nombre de personnes. Et pourtant le naufrage de ce bateau sénégalais reste l’une des plus grandes tragédies maritimes mondiale.

C’était il y a 15ans. Le vendredi 27 septembre 2002, jour de prière, une foule de plus en plus dense se presse sur le quai de Dakar. La raison ? Le Joola, bateau qui assure la liaison entre la ville de Ziguinchor située au Sud du pays en Casamance et Dakar, la capitale, n’est toujours pas arrivé. Au fil des minutes et bientôt des heures, la perspective du simple retard si familier s’éloigne pour laisser place aux inquiétudes et rumeurs. Aux alentours de 10h, c’est désormais officiel : un violent orage aura eu raison du transbordeur et de ces passagers. Toutefois à ces instants, même le plus pessimiste des hommes ne peut s’imaginer l’ampleur de ce drame survenu à 40km des côtes gambiennes.

Ce naufrage par ces 1863 victimes, de 13 nationalités différentes, est considéré comme le plus grand drame maritime civil de l’histoire mais personne ne s’en soucie. Pire, vous venez peut-être de l’apprendre.

La plus grande catastrophe maritime civile de l’histoire

Le jeudi 22 septembre 2002 à 22h55, le navire transbordeur est englouti dans les eaux internationales de l’Océan Atlantique, au large des côtes gambiennes. L’alerte ne sera donné que le lendemain matin. Ce qui a pour conséquence l’augmentation considérable du nombre de victimes.

Le naufrage du Joola détient la triste médaille de la plus grande tragédie maritime civile mondiale. Ce jour-là, le ferry transportait officiellement 1928 passagers pour une capacité d’embarquement limitée à 536 passagers. Seules 64 personnes réchappèrent et parmi les victimes, seuls 600 corps furent repêchés. Au jeu des comparaisons sordides et déplacées, le naufrage du Titanic en 1912 fit 1500 victimes tandis que celui de l’Al-Salaam Boccaccio en 2006 en fit 1028. Cependant le Joola et ses victimes, ne reçoivent pas le cinquième de l’écho de ces précédentes tragédies.

Sans surprise, le rapport d’enquête commandé par le président Abdoulaye Wade et publié début novembre, confirma la surcharge du bateau ainsi que l’accumulation de fautes et de négligences. Cette catastrophe aura entraîné la démission des ministres des Transports et des Forces armées et le limogeage du chef d’état-major de la marine.

15 ans après, les familles des victimes réclament toujours justice

Les insuffisances techniques et négligences sont les principales causes du chavirement du Joola. Au moment du naufrage, la gestion nautique et commerciale du navire était essentiellement aux mains de la Marine Nationale qui semblerait-il n’a pas suivi, en tout cas de manières rigoureuses, la dotation en matériels adéquats, la sécurisation entière et l’entretien sérieux du paquebot. Ce, malgré les conventions internationales de l’OMI.

Dès lors, la responsabilité de l’Etat est immédiatement évoquée et ce pour deux principales raisons : le retard des secours qui n’arrivèrent sur les lieux que dix-huit heures plus tard et l’autorisation donnée au Joola de quitter le port alors que les conditions sécuritaires n’étaient pas réunies. Par conséquent, celui-ci sévit par le biais de diverses sanctions disciplinaires à l’égard des personnes considérées comme responsables. Une enquête judiciaire est également ouverte par le parquet de Dakar. Toutefois, celle-ci sera classée sans suite en août 2003, faisant du capitaine Issa Diarra, alors commandant du bateau, unique responsable.

L’avis n’est pas partagé par les familles des victimes françaises et sénégalaises qui portent plainte en France. Le dossier est par la suite saisi par le Tribunal de grande instance d’Evry qui émet des mandats d’arrêt internationaux contre des personnalités sénégalaises de l’époque pour homicide involontaire et non-assistance en personne en danger. Parmi elles, Mama Madior Boye alors Premier ministre, Youssoupha Sakho et Youba Sambou ministres chargés respectivement des Transport et des Forces armées et le Général Babacar Gueye, alors chef d’état-major général des armées. Cependant, après plusieurs rebondissements les mandats d’arrêt contre Mame Madior Boye et Youba Sambou sont annulés en 2010, tandis que les autres bénéficieront d’un non-lieu quatre ans plus tard. Depuis, aucune évolution du dossier.

Un anniversaire dans la quasi indifférence

Aucune déclaration officielle, aucun hommage national et même aucun tweet de la Présidence à l’égard des rescapés et familles des victimes au quinzième anniversaire de ce drame. Pire encore, le 26 septembre n’est toujours pas considéré comme jour de deuil national. Heureusement, le collectif des victimes du Joola se bat pour les mémoires de ceux qui, il y a quinze ans ont perdu leur vie. « Amnésie ou banalisation », sont d’ailleurs les thèmes choisis par celui-ci pour l’anniversaire de ce drame. Un choix non anodin.

En effet pour Nassardine Aidarra, président du collectif, le Président Macky Sall est le premier responsable de la situation actuelle : « Je ne sais pas si lui, il a suivi des pressions ou si lui, il ne veut pas. Tous ces gens ont décidé de dire que le Joola c’est une triste histoire, il faut l’oublier au plus vite », a-t-il déclaré au micro de RFI. Une déclaration qui, associée à l’article du 2 novembre 2002 du journal Le Soleil prend tout son sens. En effet, dans celui-ci, Macky Sall alors ministre des Mines, gestionnaire par intérim des transports, déclare : « Le chef de l’Etat Abdoulaye Wade a donné des instructions très claires : l’épave du bateau sera remorquée ».
Bien évidemment, aucune démarche officielle dans cette perspective ne fut entreprise.

Et que fait la société civile ?

Comme dans toute chose malheur est bon, le naufrage du Joola avait poussé les Sénégalais à se remettre en question sur leurs mauvaises habitudes. « Plus jamais ça », s’étaient-ils alors criés dans le deuil. Les jours qui ont suivi, il était rare de voir un car rapide surchargé, une file non respectée, des apprentis chauffeurs debout sur le même marche pied ou encore des « tata » faisant la course au détriment de leurs passagers respectifs.

Quinze ans plus tard, il n’existe malheureusement presque aucune trace de ces engagements pris dans l’émoi. Les accidents de la route dus à la surcharge des véhicules restent tristement courants faisant des fêtes des moments d’angoisse. Egalement, les autorités étatiques trop occupées par la chose politique au détriment de la mise en œuvre de mesures concrètes afin d’éviter pareils drames sont également à blâmer.

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