Liberia : Ellen Johnson Sirleaf – Bilan mitigé ?

Ellen Sirleaf
Ellen Sirleaf, ex-présidente du Liberia

Politique Libéria – Après deux mandats présidentiels de six ans, Ellen Johnson Sirleaf a passé le relais à George Weah, le 16 janvier 2018.
Elle est la première femme africaine à avoir accédé à la magistrature suprême, femme de conviction, au caractère bien trempé et dotée d’une intelligence reconnue de tous, Mme Sirleaf, laisse, pour beaucoup, un pays en meilleure forme qu’ à sa prise de fonctions.

Stabilité et croissance économique

Ayant hérité d’un pays, brisé par une guerre effroyable, qui fut 250 000 morts, la tâche d’Ellen Johnson Sirleaf n’était pas de tout repos, tant, tous les chantiers étaient prioritaires pour ne pas dire vitaux.
Sous son magistère, le Libéria a connu une croissance économique soutenue. Croissance qui connut un pic à près de 15% du PIB en 2007. À la fin de sa présidence la situation était plus contrastée. Dû principalement à l’épidémie d’Ebola, qui a sévèrement frappé le pays entre 2014 et 2015. La chute des cours des matières premières (caoutchouc, huile etc) a accentué ce repli de l’économie libérienne.
À son crédit, la présidente peut se targuer d’avoir préservé la paix, attiré des investisseurs, rebâti un État à partir de rien et fait avancer le chantier crucial des infrastructures.

En effet, sous sa présidence l’état des routes s’est amélioré, ainsi que l’accès à l’électricité. Et fait marquant, pour ce pays, qui a eu des dirigeants dictatoriaux et sanguinaire : la liberté d’expression pleine et entière.
Madame Sirleaf a su donner une image différente de son pays. Il fut une époque, où dans l’imaginaire du plus grand nombre, Libéria était synonyme de chef de guerre, diamant du sang, enfant soldat etc. Sous sa présidence, le Libéria aura rayonné à l’international atteignant son paroxysme lorsque sa présidente reçut le prix Nobel en 2011.

Ombre au tableau

Le plus grand échec de la présidente sortante sera sans doute, de ne pas avoir réussi à enrayer la corruption, qui gangrène l’administration libérienne. Sous son impulsion, la Commission libérienne de lutte contre la corruption (LACC) a bien été créée. Le cadre existe donc, mais pas la volonté politique. À ce jour, dans un environnement hautement corrompu, seulement une petite poignée de personnalités a été épinglée : le président du Parlement, le chef du parti au pouvoir, un ministre de la terre et un homme d’affaires (accusés d’avoir versé des pots-de-vin à des politiciens pour le compte d’une entreprise minière. Cette corruption endémique, aggrave le fossé existant entre l’élite et la majorité de la population, qui vit avec moins de 2$ par jour. Poussant certains à une défiance, face à la classe politique, accusé de défendre leurs propres intérêts au détriment de l’intérêt général.

Défiance qui s’accentue, quand même la présidente, n’est pas exempt de tout reproche. Ainsi, Mme Sirleaf défraya la chronique, lorsqu’elle n’hésita pas à faire nommer ses deux fils, Charles et Robert (respectivement à la tête de la banque centrale et de la compagnie pétrolière nationale).
Le peu de résultat dans sa politique de promotion de la femme est un autre reproche récurrent fait au régime sortant, tant les avancées dans ce domaine sont peu nombreuses.

Mme Sirleaf, malgré tout, aura marqué l’histoire de son pays. Tout d’abord parce que ce fut la première femme, chef d’État mais aussi et surtout parce qu’elle n’a pas essayé de tripatouiller la constitution pour s’accrocher à son poste. Elle a permis à son pays de connaître une alternance pacifique et démocratique.
Toute œuvre humaine n’étant parfaite, beaucoup a été fait et encore plus  reste à faire. George Weah se chargera de la suite.

-SW

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