[Libre Propos] Le don de manuels scolaires : la victoire de l’équipe marocaine

Si on est tous d’accord que la CAN est une compétition qui apporte de la gaieté et du bonheur au peuple hôte, ce ne sont surtout pas les habitants de Mengomo – Ayat, dans la commune de Bitam, qui diront le contraire. Bitam est la deuxième ville du Woleu Ntem, province septentrionale du Gabon. Elle est située à 75km d’Oyem, chef-lieu de province où se joue la poule C de la CAN 2017. Inédit, est le don de manuels scolaires que «?Les Lions de l’Atlas?» ont fait à l’École Publique du quartier Mengomo — Ayat. Un geste d’une rare générosité de l’équipe marocaine coachée par le français Hervé Renard.

Le don qui tarabuste le pouvoir gabonais

Le geste quelque peu anodin posé par les Marocains, en contribuant à la scolarité des jeunes gabonais, n’est nullement passé inaperçu. Partout dans les journaux et tous les réseaux sociaux, les photos de la cérémonie pullulent. Tout le monde en parle. Les Marocains, venus pourtant pour jouer au foot comme les autres, trouvent le moyen d’exprimer leur générosité à l’endroit des jeunes de la localité où ils sont logés. Il faut souligner qu’au moment où se joue la CAN Total 2017, les élèves et étudiants gabonais sont très mal scolarisés. Autrement dit, pas de nouvelles infrastructures scolaires depuis plusieurs décennies. Les années scolaires/académiques sont entrecoupées de grèves à répétition des enseignants qui réclament de meilleures conditions de travail. Les bourses sont payées en retard ou pratiquement plus. Les tables bancs manquent dans plusieurs classes, au point où certains élèves et étudiants suivent les cours debout ou assis à même le sol. Pour résoudre un problème aussi grave qui endommage la santé de l’intelligentsia du pays, les dirigeants n’ont pas trouvé mieux que d’organiser une CAN. Une compétition de football qui coûte un peu plus de 400 milliards de francs CFA au contribuable gabonais. On comprend aisément pourquoi ce tournoi est boudé, et inversement pourquoi ce don a été salué unanimement par le peuple.
Eu égard de ce qui ce qui précède, le don de l’équipe marocaine, modeste soit-il, devient le symbole d’une conscience de priorités de l’État. Un véritable coup de pied dans la politique apathique des dirigeants gabonais. Pour ainsi dire, l’éducation vient avant le sport. Il y a lieu de prioriser les secteurs fondamentaux de développement comme l’éducation de la jeunesse. Ce don est ainsi la meilleure victoire des «?Lions de l’Atlas?».

Le nom à retenir : Hervé Renard

Le Renard français ou le «?sorcier blanc?», commence sa carrière d’entraîneur en 1983 à AS CANNES, en France. Des années plus tard, il décide de s’aventurer en Afrique et devient l’adjoint de son mentor Claude Le Roy avec la sélection du Ghana. Le 7 mai 2008, il est nommé à la tête de la sélection de la Zambie. Il réussit à atteindre les quarts de finale de la CAN 2010 en Angola. Quelques années après avoir dirigé l’équipe d’Angola et l’USM Alger, il retrouve son poste de sélectionneur de l’équipe de Zambie déjà qualifiée pour la CAN 2012 Cocan Gabon — Guinée Équatoriale. Le fait qui marque cet événement, c’est l’hommage rendu à l’équipe zambienne victime d’un crash d’avion à 500 mètres au large des côtes gabonaises. Cette tragédie implorait depuis longtemps un exutoire. Alors l’hommage fut  un symbole catalyseur, un aiguillon d’action. Un parcours initiatique, parce qu’imbibé de spiritualité. Un rituel de réincarnation de forces qui a probablement fait gagner cette CAN à la vaillante équipe zambienne. Un premier sacre pour ce pays et pour «?le Renard?».

Après une vacance à FC SOCHAUX en 2013, Hervé Renard revient en Afrique et remplace Sabri Lamouchi comme le nouveau sélectionneur des «?Eléphants?» le 31 juillet 2014. Et le 8 février 2015, il remporte sa deuxième CAN avec la Côte d’Ivoire en Guinée Équatoriale. CAN Total Gabon 2017, «?le Renard?» français revient en Afrique centrale. S’il ne gagne pas ce trophée, il aura au moins gagné l’admiration et la légitimité d’un peuple qui boude littéralement cette compétition instrumentalisée, semblerait — il, par le politique.
 

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