Les Maasaïs, nouvelles victimes de l’appropriation culturelle

Tenues Maasaï
Tenues Maasaï

Peuple nomade qu’on retrouve en Afrique de l’Est, les Maasaïs sont des éleveurs de bétail qui vivent en communion totale avec la nature qui les entoure. Vivant dans des réserves de faune, leur richesse se résume à leurs troupeaux de bétail. Ils se nourrissent principalement de lait, de viande et de plantes.

Représentant l’Afrique dans ce qu’elle a de plus tribal, ce peuple est souvent mis en exergue dans des documentaires télévisés. On peut les voir dans de magnifiques vêtements traditionnels principalement rouges qu’ils confectionnent eux-mêmes et arborent fièrement.

Seulement, voilà… la télévision n’est plus le seul canal permettant de voir ses magnifiques créations. Celles-ci ont, depuis quelques années, fait leur entrée dans le monde de la mode occidentale, créant quelques controverses.

L’appropriation culturelle, qu’est-ce que c’est?

Sujet très actuel dans le monde de l’art, il s’agit d’un phénomène d’emprunt de la culture d’autrui sans que celle-ci ne soit créditée. Que ce soit Kim Kardashian et ses tresses africaines, Shakira et son tube planétaire Waka Waka venant du Cameroun, Marc Jacobs et ses mannequins blancs en dreadlocks, les exemples d’appropriation culturelle n’en finissent plus de créer la polémique.

Cet emprunt génère bien souvent des crispations qui rappellent l’historique inégalitaire entre les civilisations. S’approprier les richesses d’autres pays et en faire les siennes sans les redistribuer reste, encore aujourd’hui, une pratique courante dans bien des domaines.

Il n’est pas interdit d’emprunter le style ni les créations d’ailleurs. À l’ère de la mondialisation et du libre-échange, il est presque normal de s’inspirer autrement. Le problème se pose lorsque cette appropriation culturelle se fait de façon anarchique, sans compensation et au profit du monopole blanc qui règne surtout dans le milieu de la mode.

Par revenir au peuple Maasaï, vous avez forcément aperçu leurs colliers ou vêtements lors de défilés de mode. En effet, certaines entreprises n’hésitent pas à incorporer un peu d’exotisme dans leurs créations afin de les rendre plus originales et plus attractives, cela pour générer plus de profit.

Selon Ron Layton, un Néozélandais, spécialiste dans le domaine des marques, 10 000 entreprises utilisent le nom Maasaï dans divers domaines. Ce qui a rapporté près de 100 millions de dollars lors des 10 dernières années.

En 2003, Land Rover a vendu des versions limitées de son modèle FreeLander baptisées Maasaï et Maasaï Mara la collection homme printemps/été Louis Vuitton de 2012 s’est largement inspirée de Shuka maasai, de larges étoffes bleues et rouges portées par les hommes de cette tribu. Calvin Klein et Ralph Lauren se sont également inspirés de créations Maasaï. Tout ceci sans qu’aucune redistribution financière ne soit envisagée.

Style inspiré de tenues Maasaï
Style inspiré de tenues Maasaï

Vers une reconnaissance de la propriété intellectuelle

De plus en plus de voix s’élèvent pour condamner ce manque de reconnaissance. Pendant qu’une partie des stylistes est reconnue pour son génie créatif collections après collections, une autre est totalement ignorée alors qu’elle sert bien souvent d’inspiration.

Pour Rokhaya Diallo, afro activiste, il s’agit d’un manque d’un respect envers les cultures ainsi plagiées sans aucune reconnaissance. « Je suis fatiguée de voir que les choses ne changent pas, on en vient à croire que les mémoires ne sont pas toutes également respectées. Ils pillent un patrimoine, et n’accordent aucun crédit aux Africains », dit-elle.

Light Years IP, organisation à but non lucratif basée à Washington, défenseur de la propriété intellectuelle a attiré l’attention sur les Maasaïs. Elle encourage les principaux concernés à revendiquer leurs droits. MIPI, Maasai Intellectual Property Initiative qui est une organisation tanzanienne a donc été créée.

En travaillant avec les Maasaïs, MIPI espère les aider à contrôler leur image et à obtenir des compensations financières. Elle estime à 10 millions le montant des droits de licence qui devraient être perçus chaque année.

 

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