Marcel de Souza : le Maroc «ne sera pas astreint comme un membre» de la CEDEAO

Marcel de Souza
Marcel de Souza

Marcel de Souza, Président de la Commission économique des États de l’Afrique de l’Ouest était l’invité de Christophe Boisbouvier ce 7 mars. Au micro de RFI, il s’est exprimé sur plusieurs dossiers chauds de la sous-région.
 Lors d’une interview accordée à RFI, le numéro un de la CEDEAO s’est prononcé sur la Gambie. Il a ensuite évoqué la crise en Guinée-Bissau. L’adhésion du Maroc à la CEDEAO est aussi à l’ordre du jour.

Comment se déroule l’après-Jammeh ?

 Le Président de la CEDEAO a d’abord tenu à clarifier leur position concernant les forces de la CEDEAO. «Non on n’a jamais eu l’intention d’aller faire la guerre» a-t-il laissé entendre. Il ensuite rajouté que la solution pacifique a toujours été primordiale «Nous avons d’abord privilégié la démocratie et jusqu’à l’ultime médiation, c’était toujours le dialogue».
Néanmoins, le fait d’avoir envoyé des centaines de soldats sur place a eu un effet dissuasif sur Yahya Jammeh. Selon lui, sans ce renforcement militaire, «Nous n’étions pas certains que Yahya Jammeh aurait accepté de partir».
Concernant, la présence de 500 soldats des forces de la CEDEAO en Gambie, il a parlé du fait de réformer l’armée gambienne, qui «était constituée uniquement de soldats qui sont  de l’ethnie de Yahya Jammeh». Cette disposition pouvant poser des problèmes de sécurité.
Sur le même point, il a insisté sur le fait de sécuriser Banjul. Les dépôts d’armes dans les zones de Kanilaï (fief de Yahya Jammeh) et découvertes à la Présidence ont été évoqués par Marcel de Souza.
À la question de la durée des troupes en Gambie, il a indiqué qu’elles resteraient «trois mois» avant de «faire des évaluations». Ces dernières devraient servir à déterminer si les forces de la CEDEAO doivent prolonger leur mission où mettre un terme à cette collaboration avec l’armée gambienne.
Il a écarté d’un revers de la main toute tentative de Putsh d’anciens soldats de Jammeh. Il a mis en avant la présence des Standby forces qui doivent «sécuriser les institutions, protéger le chef de l’État, les ministres et sécuriser le port, l’aéroport et ainsi de suite».
Pour finir sur le sujet, par rapport à Yahya Jammeh, il a insisté sur le fait que rien n’a été signé concernant une quelconque immunité. Ni par les Nations Unis, ni par l’UA, ni par la CEDEAO. Il a indiqué que la décision relève du Parlement gambien. Pour le moment donc, Jammeh et ses anciens proches sont passibles de poursuites judiciaires.

Crise politique en Guinée Bissau

 Marcel de Souza a reconnu que les accords de Conakry n’ont pas été appliqués par le Président Mario Vaz. Malgré le fait que de nombreux chefs d’État le 17 décembre à Abuja lui ont vivement recommandé d’appliquer ces accords, il refuse de nommer un Premier ministre de consensus.
Le PAIGC, Parti d’opposition, a donc dénoncé le fait que le Président ne respecte pas sa parole. Ce qui constitue la principale raison de ce blocage. Pour Michel de Souza, un gouvernement d’Union Nationale comprenant des membres du PAIGC, peut permettre une sortie de crise.
Selon son Président, la CEDEAO compte faire pression et a déjà étudié de nombreuses stratégies. L’un des moyens serait de retirer les 543 soldats qui «qui nous coûtent cher, que nous entretenons» a-t-il dit. Ces soldats qui assistent et assurent la stabilité dans le pays.

Adhésion du Maroc à la CEDEAO

 Peu après son retour au sein de la grande famille de l’Union Africaine, le Maroc a formulé la demande d’adhésion au sein de l’organisation. Marcel de Souza parle du renforcement de la coopération et met temporairement de côté, l’idée d’une adhésion à part entière.
«Nous allons mettre au point une commission paritaire pour que dans un mois et demi nous puissions signer un accord de partenariat économique déclarant le Maroc comme un associé privilégié» a-t-il dit.
Il y a ainsi deux raisons qui remettent en question l’adhésion du Maroc à la CEDEAO. Premièrement la subdivision de l’Afrique en cinq régions par la Commission économique et régionale de l’UA, met le Maroc au Nord et non à l’Ouest. L’intégrer dans une organisation Ouest-Africaine serait contraire aux textes de l’UA selon le Président de la CEDEAO.
Deuxièmement, accepter la demande du Maroc reviendrait à faire du deux poids, deux mesures. «On risque de créer un précédent puisque le Tchad avait fait les mêmes démarches. Et juste après le roi, c’est la Tunisie également qui m’a envoyé l’ambassadeur pour dire qu’il voulait être membre à part entière» a-t-il ajouté pour étayer son argumentaire.
Néanmoins, il veut profiter de l’intérêt que suscite la CEDEAO pour renforcer le partenariat économique avec les pays « frères » que sont le Maroc et la Tunisie. Pour toutes les conclusions, il a tenu à préciser que ce sont les chefs d’Etat «qui prendront la décision».
Très brièvement, il a abordé le cas de la Mauritanie. Signataire du traité portant création de la CEDEAO a quitté l’organisation en 2002. Il a rappelé que les portes de l’organisation leur seraient grandes ouvertes pour un retour.
(Avec RFI)

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