Le Maroc à la conquête de l’Afrique Noire

Mohammed VI et le Président Macky Sall, lors de la tournée africaine du roi marocain en 2015 © Le Monde

 

Ce début d’année 2017 est marqué par de nombreuses actions du gouvernement marocain en direction des états subsahariens. La tournée africaine du roi Mohammed VI initiée en mi-février, et marquée par la signature de nouveaux accords économiques, militaires et scientifiques, vient préciser la volonté du Maroc de s’imposer progressivement et durablement comme un acteur économique majeur en Afrique subsaharienne.

Le retour vers l’Afrique noire pour le Maroc a débuté le 30 janvier dernier, lors du 28e sommet de l’Union africaine d’Addis-Abeba. Au cours de celui-ci, le royaume a réintégré l’organisation panafricaine. S’en sont suivie plusieurs actions afin de conquérir et charmer l’Afrique subsaharienne.

Réintégration de l’Union africaine, le prologue de la conquête

Plus de trente ans après son départ, le royaume de Mohammed VI revient dans l’Union africaine avec la ferme intention d’y rester et de multiples projets visant l’intégration sous régionale. Il aura fallu cinq années de médiation et de diplomatie des autorités marocaines, pour mériter la confiance des autres états membres et de nouveau siéger à la plus grande institution interafricaine.

Si le statut de membre confère au Maroc de nouvelles perspectives diplomatiques et politiques, il lui permettra également de fluidifier et d’amplifier ses échanges économiques avec les états membres. D’ailleurs, à peine nanti de son nouveau statut, le roi du Maroc s’envolait avec sa délégation vers Accra, pour une tournée africaine. L’objectif ? La signature d’accords bilatéraux, afin de contribuer au renforcement de la coopération et de l’intégration sous régional et africaine, suite logique de leur adhésion à l’Union africaine.

Une tournée africaine prolifique, pluie d’accords à la clef

La tournée africaine du roi Mohammed VI en terre subsaharienne est des plus prolifiques. En moins de deux semaines, la délégation marocaine, avec à sa tête le roi Mohammed VI, lui-même a signé plus d’une cinquantaine d’accords et conventions. Dans cette tournée, il est accompagné de trois de ses ministres, à savoir le ministre des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy et celui de l’Agriculture, Aziz Akhannouch. Mais aussi de nombreux directeurs de banque et chefs d’entreprises.

Au Ghana, première étape du périple royal, 25 accords ont été signés le 17 février 2017 à Accra. Ces accords ciblaient essentiellement l’agriculture (avec par exemple un accord de soutien aux petits agriculteurs, ainsi que des fonds d’aides au secteur agricole), le secteur industriel, les banques et assurances, le domaine des affaires, les énergies renouvelables et la coopération scientifique.

Agriculture, éducation, banque et industrie au centre des préoccupations

Trois jours plus tard, à Lusaka, ce sont 19 accords qui étaient signés sous les regards de Mohammed VI et son homologue Edgar Lungu. En terre zambienne, les accords visaient différents domaines. Ainsi Marocains et Zambiens se sont entendus sur la signature d’un accord de coopération générale, économique, scientifique, technique et culturelle et d’un accord de coopération dans les domaines de l’éducation, de la formation et de l’apprentissage (signé par les ministres des Affaires étrangères des deux pays).

Accord de coopération sur les énergies renouvelables, et des mémorandums sur les domaines du tourisme, agriculture et l’industrie, sans oublier les conventions entre les banques des deux pays.

Avant de s’envoler pour la Côte d’Ivoire, le staff marocain a conclu 8 accords en Guinée après une brève visite le 23 et 24 février. À Conakry, les deux pays ont parlé coopération dans le domaine de l’agriculture, projet d’assainissement liquide de la ville de Conakry, mise à niveau urbaine de la ville de Capitale guinéenne et bien d’autres domaines.

Enfin, en Côte d’Ivoire, 14 accords public-privé et privé-privé signés entre Rabat et Yamoussoukro. Ici on parle de coopération militaire à travers un mémorandum d’entente pour la mise en place du financement du projet «HEXAGONE», faisant partie des projets prioritaires de la loi de programmation militaire 2016-2020 , et un autre sur le logement des militaires et autres agents de l’armée.

 Il est également question d’accords dans les domaines de la logistique, de transports publics et sécurité routière, d’aide pour le réseau routier, ou encore de projet pharmaceutique, voire de financement des PME dirigées par les femmes, etc.

Une demande officielle d’adhésion à la CEDEAO

C’est vendredi dernier, tandis que le roi que le roi Mohammed VI poursuit sa tournée africaine, que l’annonce officielle de la demande d’adhésion en qualité de membre à part entière du Maroc à la communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest a été faite.

 C’est donc auprès de sa présidente, Mme Ellen Johnson Sirleaf, que les autorités marocaines ont adressé cette demande qui rentre dans la vision du royaume fortement tourné vers l’Afrique subsaharienne. Déjà Observateur de l’institution, le Maroc aimerait jouir pleinement du statut de membre et s’impliquer davantage dans cette communauté régionale en forte croissance.

Pour appuyer sa candidature, qui selon la demande formulée ne serait pas en désaccord avec les dispositions du traité fondateur de la CEDEAO et ses critères d’adhésion, le royaume s’appuie sur les excellents rapports diplomatiques et économiques qui règnent entre lui et les pays membres.

Avec près de 23 visites officielles dans 11 des 15 pays de l’espace CEDEAO, une pléthore d’accords en résultant, de multiples projets dont celui de la construction du gazoduc entre le Nigeria et le Maroc, sans oublier les multiples interventions du Maroc dans la région dans des médiations pour apaiser ou préserver la paix (comme en Côte d’Ivoire, ou au Liberia), le Royaume brandit un excellent dossier pour intégrer cette plateforme sous régionale.

CEDEAO-Maroc, un partenariat gagnant-gagnant

Si une suite favorable était donnée à la candidature marocaine, ce serait un important bénéfice aussi bien pour le royaume que pour la CEDEAO. L’organisation ouest –africaine bénéficierait d’un allier de poids, ce qui lui permettrait d’étendre son influence en Afrique et peut être dans le monde.

De plus, la CEDEAO profiterait également des accords de libre circulation entre le Maroc, l’UE, la Turquie et autres. Mais aussi de l’expertise marocaine dans le domaine industriel ou agricole. Le Royaume quant à lui, s’ouvrirait davantage aux 320 millions d’âmes, et à de potentiels consommateurs que compte la CEDEAO.

Sans oublier les accords de libre circulation qui faciliterait l’écoulement des produits marocains sur le marché ouest-africain et de le l’énorme potentiel des pays de la région, qui en fait une zone aux multiples opportunités pour de potentiels investissements.

En attendant, le roi Mohammed VI et son équipe poursuivent leur opération séduction pour conquérir le continent noir !

 

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