Massacre des Héréros et Namas en Namibie : les descendants des victimes réclament la reconnaissance de l’Allemagne pour génocide

Le 5 janvier dernier, deux associations namibiennes déposaient une plainte contre l’Allemagne pour génocide et exigeaient reconnaissance et réparation. C’est donc  Vekuii Rukoro, le Chef suprême des Ovahéréro (Herero) et membre de l’Association aux États-Unis du génocide Herero et David Frederick, président de l’Association des autorités traditionnelles des Namas, qui ont porté, avec les membres de leurs groupes ethniques respectifs cette énième réclamation, au nom des Héréros et Namas, massacrés entre 1904 et 1905  en terres namibiennes par l’ex-colon allemand.

Massacre des Héréros et des Namas, premier Génocide du XXIe siècle

L’histoire de ce génocide commis en Afrique australe remonte  aux années 1884 avec le début de la colonisation de la Namibie par l’Allemagne. Pendant une dizaine d’années, l’Allemagne va progressivement étende son influence, mais se heurte aux peuples Namas et Héréros solidement implantés dans la région.

En dépit des premiers traités signés entre chefs Héréros et Namas, et autorités allemandes, les deux peuples se soulèvent suite à la spoliation de leurs terres par les Allemands. En janvier 1904, les Héréros passent à l’action et attaquent une garnison allemande. La réponse de Berlin viendra par Lothar von Trotha, général allemand, commandant des forces coloniales allemandes en Afrique, en octobre 1904, qui décide de l’extermination des Héréros.

Les historiens estiment que 15.000 des quelques 65.000 à 80.000 personnes que comptait alors ce peuple d’éleveurs  ont survécu au massacre (soit 80% massacré) ainsi que 10.000 des quelque 20 000 Namas. D’autres crimes de guerre et crimes contre l’humanité, seront ajoutés à l’actif du général von Trotha à savoir massacres, marches de la mort, violences sexuelles, internements en camps de concentration, travail forcé, expériences médicales sadiques, tortures …

Processus de  reconnaissance de génocide cent ans plus tard

Pendant de nombreuses années, le massacre des Héréros et des Namas restera sous silence.  Après les années 1990, de nombreux mouvements voient le jour pour la restauration de la mémoire des Héréros et des Namas  et la reconnaissance de génocide  commis sur ces deux peuples.

Au final , en juillet 2015 une motion est déposée par un député de gauche ,au Bundestag et stipulant :  « Le parlement allemand se souvient des atrocités commises par les troupes coloniales de l’empire allemand dans son ancienne colonie du Sud-Ouest africain, et entend honorer la mémoire des victimes de massacres, d’expulsions, d’expropriations, de travail forcé, de viols, d’expérimentations médicales, de déportations et d’enfermements inhumains dans des camps de concentration.

La guerre d’extermination menée par les troupes coloniales allemandes entre les années 1904 et 1908 a entraîné la mort de 80 % du peuple Héréros, de plus de la moitié du peuple Namas et d’une large partie des groupes ethniques Damara et San »

L’année suivante, du 14 au 16 octobre 2016 aura  lieu à Berlin, le congrès Justice réparatrice après le génocide avec la participation d’une cinquantaine de délégués des Ovahéréro et des Namas. Le parlement allemand reconnaitra officiellement le génocide perpétré.

Aujourd’hui, le bras de fer entre descendants des victimes et autorités.

Depuis deux ans maintenant, les autorités allemandes s’emploient dans la rédaction d’une lettre d’excuse officielle, et sont plongées dans d’importantes négociations avec celles de Namibie. Cependant aucun accord n’a encore été trouvé concernant la question des compensations financières .Berlin se refuse à verser une quelconque somme s’appuyant sur l’aide au développement octroyée au pays depuis de nombreuses années.

De leur côté, les descendants Héréros et Namas, regroupés derrière  des associations, insistent sur cette partie en soulignant, d’une part, le fait que l’Allemagne ait payé des réparations à d’autres peuples également victimes de massacres notamment les juifs et les Tziganes. Et d’autre part,  concernant l’aide au développement, les chefs traditionnels Héréros et Namas estiment qu’ils ne profitent pas directement à ces deux peuples, qui, rappelons-le, ont été dépouillés de leurs terres après ce génocide.

«Ces aides ne parviennent pas aux Héréros, qui sont réprimés par les ethnies dominantes. Ce que nous voulons, ce sont de meilleures infrastructures pour notre peuple, une meilleure éducation et une augmentation du niveau de vie.» s’indignent leurs représentants.

C’est dans ce climat que les négociations se poursuivent entre les deux états, pour qu’enfin,  après plus de onze décennies, Héréros  et Namas aient le devoir de mémoire et la commémoration qu’ils méritent.

 

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