Mauritanie : un an de prison ferme pour avoir utiliser le mot "esclave" sur whatsapp

Condamnation à 1 an de prison et plus de 500€ d’amende pour avoir traité autrui d’esclave sur Whatsapp (source : lalibre.be)

 

Actualité (Africapostnews) – Le lundi 23 avril 2018 est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire judiciaire mauritanienne. En effet, pour la première fois depuis l’entrée en vigueur de la loi y relative en 2015, le tribunal spécial de répression des crimes d’esclavage a condamné Abdallah Housseinou Coulibaly et Ibrahima Niang à la un an de prison ferme pour « avoir traité autrui d’esclave ». Toutefois, bien que l’un des condamnés soit en prison, l’autre est en fuite.

Il faut se rappeler que la Mauritanie est un pays souvent décrié pour ses pratiques esclavagistes. Ainsi, les dénonciations des ONG de défense des Droits de l’Homme sont légion. Pour lutter contre ce phénomène, une loi avait été prise en 2015 par les autorités mauritaniennes prévoyant pour peine maximum 1 an de prison et 600 euros d’amendes en réparation du préjudice moral causé par le fait de se voir traiter d’esclave. En effet, depuis l’entrée en vigueur de la loi en cause, « tout comportement consistant à dénigrer ou à traiter » quelqu’un d’esclave a été érigé en délit.

Une lutte permanente contre l’esclavage pourtant aboli

Officiellement, l’esclavage a été aboli en Mauritanie en 1980. Pourtant, un rapport de Amnesty international publié le 22 mars 2018 faisait état de 43 000 personnes encore réduites en esclavage en Mauritanie (1% de la population).

Malgré le refus du gouvernement d’admettre publiquement l’étendue de l’esclavage en Mauritanie, une loi avait fait de l’esclavage et des pratiques associées un crime réprimé et incriminé en 2007. En 2015, l’esclavage était ensuite devenu « un crime contre l’humanité imprescriptible« .

Des condamnations qui se multiplient

En mai 2016, le tribunal en charge de la lutte contre l’esclavage avait prononcé deux premières condamnations à cinq ans fermes.

Puis, en mars dernier, trois personnes ont été condamnées à des peines de prison allant jusqu’à 20 ans pour des faits d’esclavagisme.

Enfin, le 23 avril 2018, jour de la condamnation des deux homes ayant utilisé le mot  » esclave », une affaire d’esclavagisme a été renvoyée à une autre session, attestant de la persistance du phénomène contre lequel une lutte est lancée.

Ces condamnations font suite à la création, en 2015 de trois tribunaux spéciaux destinés à la prise en charge de ces problématiques. Bien que les ONG accuse souvent la Mauritanie d’être dans une sorte de déni, il semble que les autorités de ce pays aient décidé de prendre le problème à bras le corps.

Une condamnation jugée trop sévère par certains

Des voix s’élèvent cependant pour accuser le système judiciaire d’avoir voulu montrer l’exemple sans tenir compte des circonstances de l’affaire. En effet, les trois personnes reconnues coupables d’avoir traité autrui d’esclave l’avaient fait dans le cadre de conversation privée par le biais de la messagerie Whatsapp.

Pour Maître Kaber Imijine, avocat des accusés « c’est très sévère parce que c’est des insultes. Chacun de nous peut dire le même mot, et ne doit être pris comme quelqu’un qui a pratiqué l’esclavage ou qui a fait quelque chose de très dangereux, explique-t-il. Nous avons fait appel et nous avons décidé de suivre les procédures jusqu’à l’acquittement de nos clients ».

Laisser un commentaire