Mode : Le wax est aux africains ce que le thé est aux anglais

De l’anglais « Wax » signifiant cire, ce tissu est un textile de cotons d’imprimé ethnique africain très coloré. Le wax est un tissu idéal pour la décoration et la confection de vêtements qui est devenu un symbole renvoyant directement à l’Afrique.

De l’Asie en Angleterre … De la Hollande en Afrique

Plusieurs légendes entourent l’origine du thé, la plus répandue est celle de l’empereur Shen Nong encore appelé « divin moissonneur ». Il y a 5000 ans en Asie, il aurait découvert le thé par coïncidence en mélangeant son eau chaude avec des feuilles d’un arbre. C’est seulement au 17e siècle que le thé arrive en Angleterre et devient un symbole de la société britannique. Aujourd’hui encore, bien souvent quand on parle de thé, on pense aux Anglais bien qu’il ne soit pas originaire d’Angleterre.

À l’image du ‘‘thé anglais’’, le wax ne puise pas ses origines en Afrique, il est originaire des Indes Orientales Néerlandaises. Après l’enrôlement par l’empire colonial néerlandais de guerriers ashantis pour les envoyer combattre à Sumatra (Indonésie), ils en revinrent avec des malles de Batiks javanais (tissus) qui plurent aux ashantis. Ce tissu est ainsi devenu la principale monnaie d’échange entre les deux peuples. Les Hollandais créèrent des usines de wax dont la production était écoulée sur les marchés africains principalement.

Le wax gêne-t-il l’expansion des pagnes africains

Aujourd’hui identifié comme un legs ethnique par plusieurs Africains, le wax est devenu un moyen de s’affirmer et de revendiquer son « africanité » aux yeux du monde. Inopportunément, ce textile gênerait l’expansion des tissus locaux. Le continent africain possède en effet divers styles de textiles, dont l’indigo, dans les pays de l’Afrique de l’Ouest (tissu bleu intense traditionnel et artisanal), le raphia au Gabon, le Kita de Côte d’Ivoire et Ghana, le ndop bamiléké du Cameroun, le Bogolan malien (décoré avec des plantes et de l’argile) et bien d’autres encore.

Lors d’un récent événement de mode à Paris (France), la créatrice camerounaise Nelly Wandji s’est exprimée en ces mots dans les colonnes du journal Le Monde : « c’est dommage qu’un tissu d’importation fasse autant d’ombre à d’autres qui sont réellement africains ». Elle souhaiterait valoriser davantage les tissus originaires d’Afrique au profit du wax étranger.

Que peuvent faire les Africains pour que le marché du pagne soit rentable sur le continent

Contrairement au wax en Afrique, le marché et la consommation de thé profitent économiquement aux Anglais. Le wax est importé en Afrique par le géant Vlisco, entreprise textile hollandaise qui a une position de quasi-monopole sur ce marché depuis plusieurs années.  Les Africains s’étant approprié le wax, ils pourraient eux aussi en profiter économiquement en rachetant par exemple des actions de Vlisco, le leader mondial. De plus, les créateurs africains pourraient également propulser les tissus locaux en se les appropriant, en les vendant et en les exportant. Autre possibilité, les Africains pourraient créer des entreprises de textiles ethniques locales qui permettraient accroître leurs productions nationales en textiles.

Certaines sociétés locales enregistrent déjà des progrès dans le secteur. C’est le cas notamment de Printex Ghana, compagnie textile créée par une famille ghanéenne il y’a plusieurs années. Sa production s’exporte déjà dans la région de l’Afrique de l’Ouest.

Il en est de même pour la marque Woodin, un des pionniers de la mode africaine qui espère unir et réconcilier les Africains avec leur culture en utilisant du textile local. La marque est présente dans 8 pays africains et compte s’étendre à terme dans tous les pays africains. En outre, d’autres marques existent à l’instar d’Uniwax. Créée en 1968 suite à une collaboration entre l’État et les partenaires Unilever et Gamma Holding, Uniwax est une entreprise ivoirienne de textile qui se veut moderne et stylée. Son objectif est de satisfaire en premier le marché local avant d’attaquer le marché international.

Le wax est devenu une représentation identitaire et culturelle des Africains. Il est désormais temps de l’exploiter de manière à ce que ce tissu participe véritablement au développement économique et culturel du continent. Il est tout aussi important que les Africains ne délaissent pas leurs tissus ancestraux, qui ne demandent qu’à être connus ou reconnus.

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