L’écrivain guinéen Monénembo décline l’invitation au dîner de « cons » du président Hollande

Monénembo refuse l'invitation de François Hollande le président français
© MAXPPP

Guinée Conakry Tribune – A l’occasion de la visite du président de la République de Guinée, son excellence Alpha Condé en France le lundi 10 avril dernier, il a été entre autres question de dresser le bilan africain du président sortant François Hollande. Le président en exercice de l’Union Africaine a clairement dit à son homologue que les Africains veulent désormais se prendre en main, et qu’ils demandent juste un accompagnement de la France dans les combats qu’ils mènent.

Autant dire que le président guinéen est allé demander la permission d’autonomie de l’Afrique à la France au nom du peuple africain. On se demande si c’est une stratégie ou si c’est par naïveté que le dirigeant d’un pays souverain comme la Guinée formule une telle demande à un autre pays souverain, soit-il ancien colonisateur ?

C’est justement cette mentalité infantile des dirigeants africains francophones devant un paternalisme complaisant du pouvoir français qui laissent littéralement ahuries les nouvelles générations d’Africains. Il est inconcevable qu’au 21e siècle, en 2017, un groupe d’hommes au pouvoir sur les États africains soient encore réduits à tout demander à la France. Quand ce n’est pas le franc CFA, ce sont les matières premières, sinon ce sont tous ces liens de subordination effarante qui maintiennent l’Afrique francophone en esclavage.

Cette situation fait de plus en plus honte au point que plus personne ne croit à la coopération Afrique – France où c’est toujours la France qui gagne depuis des décennies, en contrepartie d’une aide au maintien des dictateurs au pouvoir en Afrique. C’est justement pour ne pas s’afficher aux côtés de ces gourmands que l’écrivain Tierno Monénembo a refusé l’invitation au dîner que le président français offrait à l’honneur de son homologue guinéen.

« Quand on refuse, on dit non » pour se faire respecter

« Je ne mange pas avec ceux qui mangent l’Afrique » est la phrase indélébile de l’écrivain qui restera dans les mémoires de l’histoire. Il décline cette invitation dans sa lettre du 10 avril, adressée directement au président Hollande. On peut comprendre principalement deux choses dans cette phrase. Que, non seulement la France et certains dirigeants africains mangeaient l’Afrique comme un gibier, mais aussi que ces mangeurs de vies et d’espoirs pensent que tous les Africains sont affamés et prêts à partager l’Afrique comme un gigot avec eux.

L’homme de Lettres guinéen affirme par ailleurs qu’ « il ne s’agit pas là d’une question de personnes, mais d’une question de principe ». Le mot clé ici est « principe ». Il faut dire que Tierno Monénembo, né Thierno Saïdou Diallo, a reçu une éducation solide auprès de sa grand-mère Néné Mbo. C’est cette vieille dame qui lui a inculqué les valeurs et les principes de vérité, de travail, d’honnêteté et de respect. Et le fait d’avoir embrassé le domaine des Lettres en mettant de côté sa carrière de Biochimiste a dû accentuer ce que Michel Onfray appelle «  La Sculpture de soi ».

Dans son œuvre littéraire, il développe également la notion de « dégagement ». Le dégagement est une sorte de concept frère  d’« engagement ». Alors si l’engagement est pour certains intellectuels et écrivains une manière de se donner en gage dans la société, c’est – à – dire de devenir un acteur réel dans les combats que mène le peuple – le dégagement quant à lui – permet à Monénembo de se défaire des emprises et pesanteurs sociales. C’est une stratégie de pensée et d’écriture qui célèbre la liberté d’opinions et de mouvements. On peut alors comprendre ce qui a motivé ce refus et qui sou tend à la fois la pensée du Guinéen Tierno Monénembo.

 

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