Le Mozambique adopte un congé menstruel pour les femmes

Le tabou des règles douloureuses

Fatigue extrême, mal de dos, nausées, crampes, spasmes, douleurs pelviennes…tels sont les symptômes que certaines femmes expérimentent pendant leurs règles appelées dans ce cas dysménorrhées. Même si l’on est soi-même exempt de ces maux, nous avons dans notre entourage au moins une amie, une sœur, une tante pour qui les premières heures du cycle sont pénibles. Le genre de douleurs qu’aucune bouillote ni prise  de comprimés anti inflammatoires n’arrive à soulager.

Malheureusement dans nos sociétés, il y a comme un certain tabou autour de la question. Certaines douleurs surtout quand elles sont propres à la femme sont banalisées à tel point que celles qui souffrent de ce handicap se retrouvent stigmatisées. La douleur liée aux règles est « censée » être normale, pas de quoi faire tout un plat…parait-il. Seulement, derrière ces souffrances se cachent souvent des maladies assez méconnues du grand public alors qu’elles sont bien plus fréquentes qu’on ne l’imagine.

Souffrir pendant ses règles n’est pas toujours bénin

Si vous êtes une femme qui ne ressent qu’une simple sensation d’inconfort pendant cette période, estimez-vous heureuses. Certaines n’ont pas cette chance. Les causes peuvent être sérieuses et multiples. Elles sont parfois dues à une malformation congénitale du col ou de l’utérus, un kyste ovarien, des fibromes utérins, une endométriose… Faute de diagnostic, nombreuses sont celles qui ignorent que leurs douleurs menstruelles ne sont qu’une conséquence de pathologies plus graves. Celles-ci ne sont pas à négliger car en plus de l’invalidité qu’elles engendrent pendant les règles, elles peuvent entre autre causer l’infertilité.

Selon un sondage, 17% des femmes ont déjà été obligées de manquer l’école ou le travail pendant leurs règles tandis que 40% confient être en simple situation d’inconfort.  Pour ces femmes atteintes de crampes, nausées, malaises, continuer à avoir une activité normale relève d’un parcours du combattant.  Le sujet étant souvent tabou, surtout en entreprise, elles se retrouvent dans l’obligation de poser un jour de congés dans le mois. En effet, rares sont les entreprises qui considèrent ce que dans d’autres pays on appelle déjà le congé menstruel.

Le congé menstruel

Certains pays d’Asie tels que le Japon, la Corée du Sud, Taïwan ou l’Indonésie ont déjà en place un congé spécial règles. Une partie de la gente masculine l’interprète comme étant une sorte de discrimination inversée. Toutes les femmes n’osent donc pas prendre ce congé qui pourtant leur est permis.

En Afrique, plus spécialement en Mozambique, cette mesure n’a été adoptée qu’en Janvier 2017. Le tabou persistant, elle n’est pas littéralement appelé « congé menstruel » mais « jour des mères ». Les femmes sont autorisées à rester chez elle une fois par mois sans justificatif. La loi reste cependant stricte car faire ses courses ou se balader en ville peut être considérée pendant cette période comme un motif de licenciement.

Ce qui est considérée ici comme une avancée pour les femmes surtout en Afrique existait déjà en réalité. Dans certaines sociétés, lors de cette période, les femmes étaient isolées de leur mari, dans une hutte où elles pouvaient se reposer. Elles ne devaient accomplir aucune tâche pendant leurs règles ce qui s’apparente donc à un congé menstruel. L’évolution de la société actuelle et l’accès des femmes au monde de l’entreprise a quelque peu occulté certaines pratiques traditionnelles qui pourtant avaient tout leur sens.

En occident, la loi a du mal à être mise en place notamment en France, aux USA, en Grande Bretagne ou encore en Russie. Il faut dire que dans le monde du travail, la productivité prend souvent le dessus sur le bien être des employés. Prendre des congés une fois par mois laisse quelques uns sceptiques et ce de façon légitime.

Pourquoi autant de réticence ?

D’emblée, il faut rappeler que le monde du travail n’est ouvert que depuis peu aux femmes. Le code du travail s’adapte donc peu à peu aux femmes. En France par exemple, le congé maternité a été adopté en 1910 mais à l’époque, seules les institutrices étaient concernées. Il a fallu attendre 1970 pour que toutes les femmes actives puissent bénéficier de cette mesure. Les femmes évoluent donc dans une société qui a été pensé par des hommes pour les hommes. La nature n’ayant pas doté la gente masculine de cycle menstruel, on comprend aisément pourquoi un tel congé suscite autant la polémique. Surtout que toutes les femmes ne souffrent pas.

De plus, un congé reste à la charge de l’entreprise. Prendre des congés de façon régulière même si l’on est dans son droit fragiliserait le statut de n’importe quel employé. Les femmes peinent déjà à s’imposer dans le monde du travail. Le congé menstruel ne ferait qu’enfoncer le clou mettant les femmes de coté et justifiant des écarts déjà existants avec les hommes dans le monde de l’entreprise.

Certains employeurs pourraient même aller jusqu’à ne pas recruter des femmes. Dans le meilleur des cas, d’autres pourraient se permettre de poser des questions embarrassantes lors d’entretiens d’embauche. La femme se retrouverait une fois de plus dans une position vulnérable.

Seulement voilà…sans cycle menstruel, il n’y aurait pas d’enfants. Sans enfants, il n’y aurait pas de famille. La famille étant la cellule de base de chaque société, il serait plus judicieux de trouver des solutions de contournement pour valoriser celle qui représente le socle de notre société.

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