Niger : un journaliste virulent à l’égard du régime inculpé pour faux et usage de faux

presse niger journaliste
© Guineeconakry.info

Actualité Niamey (Niger) – Baba Alpha, journaliste à la chaine de télévision indépendante Bonféreye, a été inculpé lundi pour faux et usage de faux en écriture en lien avec son état civil. Son Père, ainsi qu’un présumé complice, ont également été écroués dans la même affaire. Son avocat, Me Boubacar Mossi, y voit une manière pour les autorités nigériennes de faire taire l’un des journalistes les plus virulents envers le régime Issoufou.

S’agit-il d’une atteinte « voilée » à la liberté et à l’indépendance du journaliste, ou une simple affaire judiciaire n’ayant aucun rapport avec les fonctions qu’occupe Baba Alpha dans la presse locale ?  C’est la question qui fait débat actuellement à Niamey entre ceux qui réagissent à cette actualité nigérienne. Pour beaucoup, cette affaire n’est rien d’autre qu’un moyen subtil de faire taire un journaliste gênant. D’autres par contre, rappellent qu’être journaliste ne donne pas le droit de se soustraire à la justice.

Accusé d’avoir fourni de faux documents pour acquérir la nationalité nigérienne

D’origine malienne, Baba Alpha est accusé d’avoir fourni de faux documents pour acquérir la nationalité nigérienne en 2011. Il vient d’être inculpé, ainsi que son père, pour faux et usage de faux en écriture. Le journaliste et son père avaient été placés en garde à vue jeudi dernier. Lundi, ils ont été auditionnés par le parquet qui leur a notifié leur mise en examen ainsi que leur mandat de dépôt. Une troisième personne dénommée Omar Sidi, présumé complice dans l’affaire, a également été incarcérée.

Journaliste très actif dans le milieu de l’information

Baba Alpha est le présentateur du journal télévisé de la chaine indépendante très populaire Bonféreye.  Il est par ailleurs secrétaire général du Syndicat des Travailleurs de l’Information et de la Communication (SYNATIC) et ancien vice-président de la Maison de la Presse. D’ailleurs, il en a assuré la présidence par intérim après la démission de l’ancien président de cette association regroupant plusieurs organes de presse. Il est surtout connu pour être un des journalistes les plus critiques à l’égard du pouvoir en place au Niger.

Dans un communiqué, le SYNATIC a exprimé sa solidarité au journaliste, lui apportant son « indéfectible soutien ». Le syndicat reconnait en Baba Alpha un journaliste connu pour « sa droiture et son professionnalisme ». « Il n’est un secret pour pour personne, le Camarade Baba Alpha est né à Niamey et a fait tout son cursus scolaire en territoire nigérien » précise le communiqué.

Atteinte à la liberté du journaliste ?

Interrogé hier sur les ondes de RFI, son avocat Me Boubacar Mossi a dénoncé une atteinte à la liberté de la presse. Selon lui, on s’en prend à son client pour ses prises de paroles « ne caressant pas le pouvoir dans le sens du poil ». « C’est de l’inquisition ! Je le dis haut et fort ! » a clamé Me Mossi. « On imagine très vite le mobile de la poursuite. Baba Alpha dérange dans ses commentaires. C’est une forme d’atteinte à la liberté, à l’indépendance du journaliste. C’est clair ! » a martelé l’avocat.

Serait-on en train de mettre une muselière à ce journaliste qui a toujours eu la langue pendue ? Seul le procès qui examinera l’affaire sur le fond permettra de lever les équivoques. À moins que la justice nigérienne soit, elle aussi, un instrument du pouvoir pour éliminer les contradicteurs…

Laisser un commentaire