Niger : les TIC comme axe de développement

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Le Niger — qui éprouve d’énormes difficultés de développement — s’est lancé dans un vaste projet ambitieux. Pour relever ce défi, le président nigérien Issoufou Mahamadou mise en partie sur l’essor de son économie numérique. Le gouvernement nigérien multiplie les actions en ce sens, en tissant des partenariats avec les opérateurs économiques afin de réduire la fracture numérique et de favoriser un climat favorable à l’innovation technologique.

Le Niger est l’un des pays les moins développés au monde. En 2015, le PNUD situait ce pays sahélien au 188e rang sur 188 pays au classement de l’Indice de Développement humain. Avec une population estimée en 2015 à 18,04 millions d’habitants dont 80% vivent en milieu rural, et dont la principale activité est agricole, le Niger est également confronté à une superficie désertique immense (80% de ses 1.267.000 km2 est constitué du Sahel et du Sahara).

Le désert progresse considérablement en grignotant petit à petit les terres arables. Depuis 1990, la forêt a perdu plus d’un tiers de sa surface, ne couvrant désormais qu’un petit pour cent du pays. Les fréquentes sécheresses n’ont pas permis une activité agricole satisfaisante et depuis 2015, le pays est en situation de pénurie alimentaire.

À cela s’ajoute un manque considérable d’infrastructures, aussi bien en termes de voies de communication (routières, ferroviaires ou fluviales), qu’en termes d’infrastructures sociales et éducatives. Celles qui sont existantes peinent à être entretenues.

Pas de développement malgré l’uranium

Néanmoins, le Niger regorge de nombreuses richesses minières, non seulement du fer, de l’or, du pétrole, mais surtout de l’uranium dont son exploitation par Areva constitue une part importante de son PIB. D’ailleurs, le gisement d’Imouraren (considéré comme la mine d’uranium la plus importante d’Afrique et la deuxième au monde derrière celle de McArthur River au Canada) fera du Niger le deuxième producteur d’uranium derrière le Canada, quand ce gisement sera exploité à plein régime.

Plusieurs faits de corruption et de mauvaise gouvernance sans compter l’historique politique du Niger n’ont pas été favorables à un meilleur développement. Depuis son indépendance en 1960, le Niger en est à sa septième république. Ayant connu plusieurs coups d’État, des régimes plus ou moins totalitaires se sont succédé. Cependant, le Niger connait depuis peu un renouveau démocratique qui augure de meilleures perspectives de développement économique et social.

Une renaissance par les TIC

En 2011, le président Issoufou Mahamadou est élu, puis réélu en 2016 sur la base d’un ambitieux programme de développement dénommé «renaissance». Dans son axe VIII, ce projet de société fait du domaine des TIC l’un des fers de lance du développement du Niger.

Des études ont démontré «qu’une augmentation de 20% des investissements dans ce secteur induirait une croissance de 1 % du PIB» peut-on lire dans ce projet. Le but étant de positionner le pays en leader de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest. Un objectif qui semble néanmoins difficile à atteindre quand on sait les progrès réalisés dans ce secteur par d’autres pays de la sous-région, notamment le Sénégal.

Le dernier classement des taux d’accès internet établi par Internet Live Stats (membre du projet Real Time Statistics, fournissant des statistiques d’utilisation d’internet dans le monde) situe le Niger au 50e rang sur les 54 pays africains, avec un taux en dessous de 3%, très loin derrière les Seychelles, le Maroc et l’Afrique du Sud, trois pays dans lesquels plus de la moitié de leur population serait connectée. Ce qui révèle l’immense montagne à gravir pour parvenir à un Niger totalement numérisé. Néanmoins, du côté de Niamey, l’heure n’est clairement pas au pessimisme, tant l’état nigérien entreprend différentes démarches pour parvenir à ses fins.

Membre de l’Alliance Smart Africa

En janvier dernier, en marge du 28e sommet de l’Union Africaine, le Niger a pris part à la réunion de l’Alliance Smart Africa dont il est récemment devenu membre. L’Alliance Smart Africa créée à l’initiative du président rwandais Paul Kagamé, composée de 17 pays, a pour vision de mettre fin à la fracture numérique entre les pays africains et d’autres régions du monde, de mettre en place une zone libre numérique avec notamment une harmonisation des prix de connexion à l’échelle continentale, de construire des villages numériques, de favoriser le déploiement de la fibre optique, le tout en favorisant un investissement privé local et étranger.

L’adhésion nigérienne à cette coopération interétat est donc dans l’ordre d’idées défini dans son projet de développement. Embrassant la vision de l’alliance, le président Issoufou a promis la construction de villages intelligents, l’achèvement de la construction de la dorsale nationale et les interconnexions internationales en fibre optique en vue d’assurer aux consommateurs un meilleur accès internet. Si ces promesses venaient à se concrétiser, le Niger offrirait donc un cadre idéal à l’innovation technologique.

Perspectives encourageantes

En attendant la matérialisation de ces projets, plusieurs initiatives sont prises. Récemment, du 21 au 23 février, Niamey a accueilli la première édition du Forum Sahelinnov organisé par le Centre Incubateur des PME au Niger (CIPMEN). Durant les trois jours du salon, plusieurs start-ups de différents pays du Sahel ont révélé aux visiteurs leurs innovations technologiques.  Ce forum s’est organisé avec l’appui de l’Organisation Internationale de la Francophonie dont la présidente, Michaëlle Jean, a honoré de sa présence.

Dans un pays manquant cruellement d’infrastructures, le développement numérique permettra de contourner ces handicaps, en jouant même parfois à «saute-mouton». Par exemple, en l’absence de guichets bancaires, le paiement sécurisé en ligne permettra, non seulement de ne pas avoir à parcourir de nombreux kilomètres sur des routes mal bitumées et ainsi diminuer des frais de transport, mais aussi de gagner du temps qui serait utilisé à d’autres tâches.

Les TIC permettent donc de répondre à la question de savoir comment développer un pays qui est considérablement sous-développé. Le Niger, comme beaucoup d’autres pays africains, a énormément intérêt à miser sur une économie numérique florissante, ce qui contribuera à un meilleur développement. Internet est une opportunité pour l’Afrique.

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