Niger : Vives inquiétudes après des heurts entre forces de l’ordre et les étudiants faisant un mort

Des manifestations font un mort au Niger © RFI

Actualité Niger — Suite à la non-satisfaction de leurs revendications par le gouvernement, des milliers d’étudiants sont descendus lundi dernier dans la rue. L’appel à manifester ayant été massivement suivi, s’en sont suivi des heurts avec les forces de l’ordre. Une situation catastrophique mal gérée par les autorités compétentes entrainant la fermeture du campus jusqu’à nouvel ordre. À Niamey, on craint l’année blanche.

Le bilan est lourd. Un étudiant décédé, plusieurs dizaines de blessés, des centaines d’arrestations. Vu la gravité de la situation, le campus de l’université Abdou Moumouni est fermé depuis lundi. Les étudiants sont donc priés de plier bagage et de regagner leurs domiciles. Une situation qui pèse sur les étudiants qui ne bénéficient plus d’aucun service universitaire. Trois jours après la fermeture du campus, aucune négociation n’a débuté entre le ministère de l’Enseignement supérieur et les syndicats d’étudiants.

Cette situation critique prend source quand l’Union des Scolaires Nigériens (USN), principal syndicat des étudiants, a lancé un appel à manifester dans les rues de la capitale et à l’intérieur du pays. À Niamey lundi, environ 23 000 étudiants et scolaires ont répondu au mot d’ordre de l’USN. Plusieurs artères de la capitale ont été très vite occupées, des carrefours bloqués.  Des étudiants brulaient des pneus partout où des barricades étaient érigées.

Intervention musclée des forces de l’ordre

Ces manifestations n’ayant pas été autorisées, l’intervention des forces de l’ordre qui s’en est suivie a entrainé des échauffourées violentes. Le campus universitaire a été le théâtre des heurts les plus violents. Le gouvernement nigérien a mobilisé pour le coup trois corps de maintien de l’ordre. La police, la gendarmerie et la Garde nationale sont ainsi intervenues sans faire dans la demi-mesure.

Selon un communiqué rendu public hier par le gouvernement, on dénombre une centaine de blessés, dont une vingtaine de policiers, 15 véhicules brulés, dont 12, appartenant aux forces de l’ordre. Plusieurs édifices publics et privés ont aussi été détériorés, relate la même source. Les forces de l’ordre ont dû procéder à 313 arrestations au total sur toute l’étendue du territoire. 57 personnes ont néanmoins retrouvé leur liberté.

La mort d’un étudiant fait débat

Mais le plus triste dans ce bilan est la mort d’un étudiant dont la cause du décès fait débat. Mala Bagalé, étudiant en troisième année de Sociologie, aurait succombé suite à une blessure. Selon le gouvernement, Mala Bagalé se serait rendu librement aux forces de l’ordre qui lui aurait de suite porté secours en l’évacuant à l’hôpital de Niamey où il serait décédé aux environs de 17 h lundi.

Ce décès « n’a aucun lien avec les opérations de maintien de l’ordre qui n’ont occasionné aucune perte en vie humaine » explique le communiqué. L’USN conteste catégoriquement cette version des autorités nigériennes. Le Syndicat affirme au contraire que Mala Bagalé serait décédé suite à une blessure causée par une grenade lacrymogène reçue à la nuque.

Le risque de l’année blanche hante les esprits

Suite à ces manifestations violemment réprimandées, le risque de l’année blanche hante les esprits. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Ben Omar, a déclaré qu’il n’y aura pas d’année blanche et que le calendrier des examens sera respecté intégralement. L’UNS craint donc que cette situation tendue ne soit pas favorable à une préparation optimale aux examens.

La fermeture du campus est perçue par l’UNS comme étant un prétexte du gouvernement qui est incapable de satisfaire leurs revendications. Il s’agit notamment du paiement des allocations des lycéens et collégiens, du paiement à temps des bourses aux étudiants, ainsi que les allocations d’aide sociale. L’État doit également épurer des arriérés de bourses. Après ces heurts, de nouvelles revendications s’y ajoutent, telles que la libération des étudiants emprisonnés.

 

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