Nigeria : des manifestants réclament un nouveau gouvernement

Manifestation ce lundi 6 février 2017 à Lagos © AFP

Des centaines de Nigérians ont manifesté lundi dans les rues de Lagos, réclamant un changement de gouvernement. Un événement important dans le pays où la colère monte à cause d’une économie suffocante et d’un président absent.

C’est entouré d’un important dispositif policier que plus de 500 manifestants ont bloqué le trafic de la capitale économique, scandant des chants contre l’administration du président Buhari.
Depuis la mi-janvier, Muhammadu Buhari est en Angleterre pour des raisons médicales floues, aucune indication sur la date de son retour n’a été donnée jusqu’à présent. De nombreux Nigérians pensent d’ailleurs que son état de santé serait pire que ce que le gouvernement veut laisser penser.

Par ailleurs, le pays fait aujourd’hui face à sa première récession économique depuis 25 ans et une forte inflation fait exploser les prix des produits et aliments de bases.
« Gouvernement de riches, pour les riches, dirigeant les pauvres », criaient les manifestants.
« Les chômeurs ont faim et sont en colère » pouvait-on voir sur la pancarte d’un autre manifestant.

Des promesses non tenues

Le président Buhari, en fonction depuis 2015 s’était engagé à diversifier l’économie du pays (les principaux revenus du pays proviennent du pétrole), de lutter contre la corruption et d’en finir avec l’insurrection islamique de Boko Haram qui a éclaté dans le Nord-Est en 2009.
Les citoyens se plaignent de l’échec de cet engagement, car l’économie du Nigeria dépend toujours fortement des exports du pétrole à l’état brut (dont le prix a été divisé par 2 depuis 2014).

En ce qui concerne le terrorisme, l’insurrection islamique de Boko Haram est toujours effective. Elle a déjà fait plus de 15.000 victimes et conduit à une crise sans précédent laissant 1.8 million de Nigérians exposés à la famine et en faisant des millions de réfugiés.

De plus, le gouvernement est toujours sans nouvelles de plus de 200 écolières kidnappées par Boko Haram en 2014 dans la ville de Chibok dans le Nord-Est.
« Nous sommes sans budget, sans nos petites filles de Chibok et sans président », chantaient les manifestants, en se référant notamment au fait que le budget de l’année 2017 n’ait  toujours pas été approuvé par le Parlement.

Le gouvernement rassure

Le Vice-Président Yemi Osinbajo a déclaré, lors d’un forum économique à Abuja que les manifestants ont été entendus.
Il a rajouté lundi « vous avez le droit de réclamer une meilleure économie et nous sommes engagés à répondre favorablement à cela ». Il a ensuite précisé, que « des années de dégradation ne peuvent pas être réparées du jour au lendemain […] c’est notre rôle, notre devoir de nous assurer que nous remettons l’économie nigériane sur le chemin du redressement ».

Un discours du Vice Président qui se veut rassurant, mais qui concrètement, n’apporte pour l’instant de solutions ni à l’inflation ni à la crise économique que traverse le pays.

Des tensions qui peuvent en réveiller d’autres

Buhari, comme l’ancien président décédé en fonction Umaru Yar’Adua, est musulman du Nord. Yemi Osibanjo le Vice Président, quant à lui est un chrétien du sud, comme Goodluck Jonathan, successeur de Yar’Adua.
Les deux groupes religieux se sont toujours relayés à la présidence, mais cet équilibre a été rompu par la mort de Yar’Adua (décédé avant la fin de son mandat de 4 ans). Obasanjo, son prédécesseur chrétien est resté en poste pendant 8 ans alors que Jonathan n’est resté au pouvoir que 5 ans.

Dans ce pays où les conflits religieux et/ou ethniques ont déjà ravagé le Nigeria profond, faisant des centaines de morts suite aux affronts entre les éleveurs musulmans et les agriculteurs chrétiens, ces manifestations d’ordre  économique pour l’instant, pourraient nourrir d’autres conflits à peine endormis.

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