Obama face à la déception des Africains

Aujourd’hui, 20 janvier 2017, Donald Trump sera investi comme 45e président des États-Unis, succédant aux deux mandats de Barack Obama.

Obama, l’espoir de l’Afrique

Barack Obama, élu en novembre 2008, est le 1er président noir des États-Unis, un détail qui n’a laissé personne indifférent en Afrique. En effet, les Africains ont su exprimer leur espoir, leur fierté et leur joie de voir à la tête des USA un enfant de leurs « frères » kenyans.

Pourquoi autant d’attentes ?

Les espoirs que les Africains ont fondés autour d’Obama ne venaient pas uniquement du fait qu’il soit noir. En effet, Barack Obama est d’apparence plus lié à l’Afrique qu’un Afro-Américain ordinaire. Il est issu d’une famille modeste, de père kenyan et a souvent été sur le continent, dans des villages au côté des populations locales.

Au moment de son élection, il a donné l’image d’une personne simple, humble, proche de ses origines et surtout consciente. Consciente de la réalité africaine, de la pauvreté des populations, de l’instabilité politique du continent. Barack Obama donnait l’image d’un président qui compatirait aux difficultés que rencontre l’Afrique et qui pourrait éventuellement en tant que président du pays le plus puissant du monde, aider le continent à prospérer en participant à son développement.

L’Afrique a donc vu en lui « l’enfant du continent », source d’admiration et d’espoir.

Ses objectifs de campagne

Au cours de sa campagne pour les élections présidentielles de 2008, Barack Obama a organisé la politique africaine des États-Unis autour de 3 objectifs :

  • L’accélération de l’intégration de l’Afrique au sein de l’économie mondiale ;
  • Le maintien de la paix et de la sécurité ;
  • Le renforcement des institutions africaines et des organisations de la société civile.

Afin d’atteindre ces trois objectifs, différentes stratégies ont été élaborées, parmi elles on retrouve les suivantes :

  • Soutenir les projets d’infrastructures afin d’améliorer le niveau de vie de millions d’africains, notamment dans les régions rurales ;
  • Investir dans la santé ;
  • Soutenir les institutions continentales et les communautés régionales afin de renforcer la paix et la sécurité, le développement et la démocratie en Afrique ;
  • Utiliser des stratégies de développement ciblées pour aider les coopératives et les entrepreneurs africains à faire grandir leurs projets, financer le secteur de l’agroalimentaire en aidant les agriculteurs, soutenir les organisations qui militent pour des gouvernements plus efficaces, etc.

Un projet de campagne vis-à-vis de l’Afrique qui nourrit les attentes des populations du continent et que Barack Obama confirme le 11 juillet 2009 lors de son discours à l’Afrique prononcé à Accra au Ghana.

Il y évoque entre autres la corruption trop présente dans les pays africains et les dirigeants qui violent leur constitution en s’éternisant au pouvoir.  De quoi mettre des étoiles dans les yeux des Africains qui voyaient en lui un sauveur et qui espéraient être témoins d’améliorations notables sur le continent tant les plans économique et politique durant son mandat.

Un président trop occupé

Quand Barack Obama entre en fonction en 2008, il entame son mandat dans un contexte difficile. Les États-Unis connaissaient une crise économique similaire à la grande dépression des années 1930. Ainsi Barack Obama a-t-il dû se concentrer sur les problèmes internes aux États-Unis pour relancer la machine économique américaine, créer des emplois, instaurer des réformes dans l’éducation, la santé, etc.

Au plan international, les guerres en Irak, en Afghanistan ainsi que le conflit israélo-palestinien ont constitué les dossiers prioritaires de Barack Obama. On peut y ajouter sa volonté d’améliorer les relations entre les États-Unis et certains pays d’Amérique latine, notamment Cuba. L’Afrique n’a donc pas été une priorité au cours des 2 mandats de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Des projets africains inachevés

Ce n’est que 3 ans après l’investiture d’Obama que la Maison-Blanche dévoile enfin ses stratégies vis-à-vis de l’Afrique. Elles abordent essentiellement l’économie et la sécurité sur le continent. Ces stratégies étaient quelque peu décevantes puisqu’elles évoquaient que très peu les questions liées à la démocratie et la pauvreté. A cette occasion, on a noté une curieuse baisse des dépenses liées à la lutte contre le VIH qui fait pourtant des ravages sur le continent.

En ce qui concerne l’application des politiques africaines des USA, sur le volet « paix et sécurité », on constate une expansion militaire américaine en Afrique avec la création de petites bases, d’avant-postes pour drones ainsi que la mise en place de moyens de surveillance de bases aériennes. Cela a permis entre autres le déploiement de forces spéciales dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram au Nigéria ou contre Al-Qaïda dans les pays du Maghreb.

D’un point de vue économique, les principaux projets lancés en Afrique par l’administration Obama sont :

  • « Feed Africa » pour promouvoir l’autosuffisance alimentaire ;
  • « Power Africa afin de doubler l’accès à l’électricité sur le continent ;
  • « Trade Africa » censé faciliter les exportations africaines.

A l’heure du bilan, aucun de ces projets n’a été mené jusqu’à son terme, principalement en raison notamment de l’absence de financement. En pratique, ces projets sont presque passés inaperçus.

Des espoirs déçus

S’il fallait effectuer un bilan des deux mandats du président Obama du point de vue de sa politique africaine, on peut affirmer que le continent a pris conscience que malgré ses origines kenyanes, Barack Obama était avant tout un président américain. Tout au long de ses mandats, l’Afrique est demeurée en bas de la liste de priorités américaines dans les affaires internationales.

Barack Obama qui disait vouloir faire de la sécurité et de la démocratie les symboles d’une Afrique nouvelle, quitte la Maison-Blanche en laissant le continent noir dans une insécurité accrue, une explosion du phénomène terroriste depuis l’intervention militaire en Libye et dans une ampleur jamais vue auparavant.

L’instabilité politique s’est également accrue sur le continent dans de nombreux pays chefs d’État ‘‘élus’’ sont contestés par les populations qui vont parfois jusqu’à remettre en cause les institutions. En effet, sous Obama, l’Amérique vertueuse est restée particulièrement silencieuse et inerte face aux violations des droits de l’Homme et des principes démocratiques.

Reste à s’interroger sur l’impact des mesures économiques et sécuritaires que les américains ont mis en place sur le continent. En effet, on peut se demander si ces mesures n’ont pas été initiées afin de garantir des intérêts économiques américains sur un continent riche en matières premières où les chinois sont de plus en plus présents (le début de la mise en place des stratégies africaines d’Obama a coïncidé avec le moment où la Chine est passé devant les USA en terme d’investissements directs, devenant ainsi l’un des principaux partenaires économiques du continent africain).

Enfin, les espoirs déçus des africains doivent éveiller la conscience africaine sur le caractère opportuniste de la politique et rappeler aux africains que leurs attentes ne doivent pas se tourner vers l’extérieur du continent, mais sur leur force à bâtir eux-mêmes leur avenir.

 

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