[Opinion] Gabon : boycotter le discours à la nation d’Ali Bongo, pour quels enjeux politiques ?

[Opinion] Gabon : boycotter le discours à la nation d’Ali Bongo, pour quels enjeux politiques ?

Appeler au boycott du discours de Bongo est la meilleure façon d’en faire la publicité.

La conscience nationale est anti bongo, il le sait mieux que tous. Elle répugne davantage les discours pompeux d’où et de qui ils viennent. Donc, même sans aucune forme de consigne de qui que ce soit, elle allait mépriser les élucubrations fantasmagoriques d’un piètre séducteur. Elle allait flinguer sereinement cette sorte de rhétorique routinière pour bercer le peuple à la dormition.

Le fait de prôner ce boycott, le simple fait de parler de ce discours, y attire l’attention, et même trop d’attention. Cela répond à un effet de curiosité autour de la chose boycottée. On ne donne mieux que ce qu’on interdit.

En réalité, suivre ou ne pas suivre ce discours n’a aucun intérêt immédiat sur la politique et la personne d’Ali Bongo. On ne rend aucun bon service en laissant la mythomanie exprimer la plus ostentatoire de ses natures. C’est peut-être, au contraire, l’occasion d’assister avec plaisir à la suite du cirque, à ce grand tableau de viles et cyniques impressions qu’on nous donne à voir depuis des décennies.

Par ailleurs, on ne doit demander au peuple de boycotter un discours que résistants, leaders et analystes politiques, vont suivre afin de le commenter et en démontrer les incohérences. Ce qui me semble d’ailleurs plus productif.

Sans vouloir vous donner des leçons de stratégie politique, je pense qu’en creusant plus profond, l’opposition peut faire mieux que boycotter une saynète de la politique émergente : un autre type de cadeau de BaBa Noël.

On peut, par exemple, profiter de ce temps d’éloges et d’élocution démagogiques, pour poser et discuter clairement de la question des législatives. Les actions utiles séduisent bien le temps.

Il est important d’aborder 2018 avec une attitude plus concertée quant aux intérêts de participation ou non de l’opposition à ces législatives. Surtout qu’il ne suffit pas de dire « on y va » ou « on n’y va pas ». Il faut encore expliquer plus largement les implications politiques de tel ou tel choix sur la base de son impact social.

Nous devons refuser d’accompagner ce système jusqu’en 2023 et plus, avec des boycotts insignifiants traduisant plus une perte de temps et un manque d’idées nouvelles, qu’une véritable stratégie. Pourtant, ce ne sont pas les idées qui manquent. Elles foisonnent dans les forums et autres plateformes, pour peu qu’on y prête notre modeste attention.

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