[Opinion] Vladimir Poutine, un président à l'image des dictateurs africains ?

Opinion (Africapostnews) – On peut lire ci et là les gens s’offusquer du nouveau mandat de Poutine en Russie, qu’il serait antidémocratique, que le président russe envoie un mauvais message aux dirigeants africains, et que sa longévité au pouvoir n’est pas compatible avec le vent de démocratie qui souffle actuellement en Afrique. Que dire ?

En effet, pour mener sereinement ce débat, chacun doit savoir sur quelle base idéologique ou alors sur quelle logique, sur quelle politique, il s’appuie. En tant qu’Africain, c’est une faute impardonnable, un accident intellectuel intolérable que de répéter mécaniquement l’approche occidentale du régime russe, relayée et entretenue par les médias (occidentaux) auxquels nous sommes biberonnés. On ne peut s’estimer libre et reproduire les schèmes occidentaux de jugement de ce qui est vrai ou pas, de ce qui est bon ou non, de ce qui est humain de ce qui ne l’est pas. Nous devons faire preuve de majorité intellectuelle, de curiosité personnelle et d’analyse méthodique avant de ficeler nos jugements, en toute chose.

L’histoire rappelle et « r’ » enseigne quand le présent « s’ » écrit

Hier, Kadhafi a été assassiné, curieusement, au moment où il s’ouvrait au monde et que celui-ci s’ouvrait à lui. Il recevait régulièrement les dirigeants du monde chez lui autant qu’il était reçu par eux, chez eux. S’il est avéré que son régime était hostile aux libertés individuelles, il est indiscutable que la Libye et les libyens étaient en sécurité sur plusieurs plans, sous ce régime. C’est sous le Guide libyen que la Libye a connu le niveau le plus envié de son développement. De surcroît, Kadhafi était un digne interlocuteur africain pour les intérêts de l’Afrique devant le monde. Mais dès que les Occidentaux ont décidé de le gommer, la rébellion est née pour l’affronter ; sous prétexte de la démocratie, cette rébellion l’a combattu, en vain, avec des armes venues d’ailleurs ; plusieurs de nos dirigeants ont voté pour la résolution de l’intervention de l’OTAN en Libye ; certains d’entre nous avions soutenu cet assassinat organisé, par naïveté. Aujourd’hui sommes-nous fiers de la Libye actuelle ?

De même, nous lisons régulièrement des critiques contre le régime équato-guinéen. La Guinée est pourtant un pays que nous avions longtemps méprisé, à tort ou à raison. Le peuple équato-guinéen essuie, encore à ce jour, la honte due aux humiliations qu’il a subies partout dans le monde, parce qu’il s’est tôt expatrié pour les raisons économiques, et pour fuir la violence du régime de Mathias Nguéma et, ensuite, celui d’Obiang Nguéma. Mais depuis les années 2000, la Guinée est rentrée dans une nouvelle ère économique où le pétrole lave, humanise et développe. Obiang Nguéma a décidé de changer l’image de la Guinée en posant les bases d’un progrès durable, basé sur le respect de la dignité des guinéens. Nous pouvons y aller et voir concrètement ce qui en ressort après une bonne dizaine d’années. Enfin le pétrole sert à quelque chose dans un pays d’Afrique centrale. Qui l’eut cru ? Mais les « épris de liberté », « les fidèles de l’idéal démocratique », s’il existe vraiment un modèle de démocratie au monde, ferment les yeux sur cette renaissance multisectorielle pour condamner et, si possible un jour, voter pour l’intervention des justiciers mondiaux en Guinée Equatoriale, s’il le faudrait.

Par conséquent, en défendant les régimes de Kadhafi et d’Obiang Nguéma, nous ne défendons pas jusqu’à l’indéfendable. Certes, ces régimes sont, encore, reprochables sur le plans de la gestion de la personne humaine, des libertés, de la place réservée à la femme, aux handicapés et, aux autres minorités. Nous disons simplement que dans « un pays en voie de développement », la priorité est d’assurer au peuple le minimum, c’est-à-dire de quoi se nourrir, se soigner, le logement, la formation, la circulation. La dignité se résume à cela, ensuite, on peut négocier les libertés, étant donné que c’est une question toujours en question, même dans les pays les plus dits démocratiques du monde tels que les Etats-Unis ou la France. La dignité est ainsi liée à la « condition humaine », à tout ce qui permet d’identifier une personne à un humain qu’à un animal ou à une chose.

Comprendre le régime de Poutine et ses combats

En regardant la fédération de Russe, un Etat transcontinental d’une population de plus de 146 millions et, en lisant posément la guerre idéologique qui a lieu dans les « relations internationales » actuelles, on comprend mieux le caractère de Poutine, son style et ses aspirations. Cela aide aussi à comprendre ce qui ressemble à une longévité au pouvoir par cet homme au charisme exceptionnel. En effet, le régime russe est d’abord victime du poids de son histoire. Il n’est pas sain ni ordinaire de naître, de vivre et d’hériter de l’histoire politique de Lénine et de Staline. Ensuite, Poutine est une cible privilégiée des médias occidentaux. S’attaquer à lui cache un double sentiment élusif : la résistance et la fascination. On veut, par orgueil et amour de soi, résister à l’influence, à l’aura du chef du Kremlin ; mais en même temps, on est fasciné par ce qu’il dégage personnellement en tant qu’homme, en tant que chef d’un Etat (et de quel Etat ?). Il s’agit de la fédération de Russie dont le territoire est le pus vaste de la planète.

Depuis sa première élection le 26 mars 2000, Poutine a suffisamment changé l’image de la Russie. Il a su faire respecter ce pays, au point où il est craint même par les puissants tels que les USA et ceux d’Europe. Et en termes de développement, le salaire minimum a été multiplié par dix depuis les années 2000 ; la stabilité intérieure est assurée ; le peuple russe a confiance, est fière de son pays, et dit être prêt à se battre pour lui ; l’histoire de la Russie est un des cours les importants dans le système scolaire russe (exemple de l’histoire du peuple Kozak) ; la majorité des croyants russes est orthodoxe, la religion étant importante dans cette société, l’Etat n’a jamais été aussi fort qu’associé au pouvoir religieux. N’est-ce pas cela que les peuples d’Afrique demandent à leurs dirigeants ?

Ces quelques exemples, sans rentrer dans les détails des apports d’un « dictateur » à son peuple, montrent sur quoi mise le chef du Kremlin pour donner la fierté et la dignité dont son peuple a besoin pour marcher tête haute. Ainsi, il y a, selon nous, deux types de dictateur s’il faut utiliser ce jargon politique occidental : le dictateur éclairé (combattu par l’Occident), soucieux de développer son pays et, rendre digne et fier son peuple, même si on peut regretter la restriction des libertés individuelles ; et le dictateur sclérosé (soutenu par l’Occident), celui qui pille les richesses, agresse son peuple et ne peut justifier sa longévité au pouvoir. Car, une longévité de 20 – 30 – 40 ans de Kadhafi ou de Poutine au pouvoir est acceptable devant un seul quinquennat ou un septennat couronné de bêtise et de chaos tel que nous le vivons dans plusieurs pays africains. Pire, certains d’entre eux s’éternisent au pouvoir par générations. Sortir du régime colonial, tomber sur celui des « princes » saturés des indépendances, pour se voir prendre dans l’étau des nouveaux régimes bigarrés post indépendance, incapables d’offrir l’eau, l’électricité, les hôpitaux, les logements et les routes à leurs peuples, voilà le sort que nous avons tous réservé à l’Afrique depuis plusieurs décennies. Mais jusqu’à quand ?

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