Kenya : Ory Okolloh, femme influente 2.0

Ory Okolloh
Ory Okolloh © alchetron.com

Ory Okolloh est considérée comme l’une des personnalités les plus influentes du continent africain. Diplômée en droit de la prestigieuse université de Harvard, cyberactiviste et passionnée de technologie, cette Kenyane n’arrête plus de s’affirmer comme étant l’une des personnes les plus douées de sa génération. Très engagée dans le combat pour un leadership responsable à la tête de nos gouvernements, Ory Okolloh sillonne les conférences à travers le continent.

Le journal Jeune Afrique la classait en 2015 parmi les 50 femmes les plus influentes d’Afrique. En 2014, le puissant journal Time la plaçait dans les 100 personnalités les plus influentes de la planète. C’est dire à quel point cette très belle femme pèse de tout son poids par ses convictions. Convaincue que les nouvelles technologies sont un atout pour améliorer la gouvernance de nos états et qu’internet offre de nombreuses possibilités à la jeunesse pour réussir, elle milite pour une Afrique dynamique et responsable.

On dit souvent que le cordonnier est souvent mal chaussé, mais en ce qui concerne cette brillante dame, c’est tout le contraire. Elle est l’incarnation parfaite de ce qu’elle prêche. Partie de rien, elle a su connaître la réussite quand rien ne laissait le présager.

Elle est née au Kenya en 1977 dans une famille relativement pauvre. Ses parents ont dû se priver pour qu’elle puisse être scolarisée dans une école privée catholique offrant une meilleure scolarité. Très souvent, faute de paiements, l’accès aux cours lui a été refusé. Ces expériences difficiles lui ont forgé cette mentalité de battante qui l’a poussé jusque là où elle est arrivée.

Ory Okolloh, une militante dans l’âme

Alors qu’elle travaillait pour un cabinet d’avocats aux États-Unis avec un salaire qui laisserait envieux n’importe qui, elle décide de tout claquer pour se consacrer à ce qui la passionne : l’Afrique et les nouvelles technologies. Elle crée alors un blog personnel «Kenya Pundit» sur lequel elle publie ses analyses de l’actualité.

En 2005, alors que les députés Kényans votent une augmentation conséquente de leurs émoluments, elle co-fonde le site de surveillance parlementaire dénommé «Mzalendo» qui signifie «patriote» en Swahili. Ce site permet d’avoir un œil sur les activités du parlement kenyan en enregistrant systématiquement les projets de lois, les discours des députés et les études menées sur le terrain pour l’élaboration de ces lois.

En 2007, alors qu’elle réside encore aux Etats-Unis, elle décide de rentrer à Nairobi pendant la crise post-électorale qui secoue le Kenya suite à l’élection présidentielle qui s’est suivie de répressions violentes par le pouvoir. Elle contribue alors à la création du site web «Ushahidi»  qui signifie «témoigner» et du logiciel du même nom. Ushahidi permet de recueillir des témoignages de violences et de les placer sur une carte à l’aide de Google Maps.

Ce logiciel a depuis évolué et est désormais utilisé au-delà des frontières kenyanes, non plus seulement pour enregistrer des violences, mais aussi pour surveiller des élections ou pour suivre la disponibilité de produits pharmaceutiques. Il a servi à la suite du tremblement de terre à Haïti et du tsunami de 2011 au Japon. En 2010, le magazine Foreign Policy classe Ory Okolloh au rang des 100 penseurs les plus influents du monde grâce à ce logiciel.

Favorable à une innovation responsable

Bien que favorable à ce que les jeunes entreprennent, elle a néanmoins une opinion très nuancée à ce sujet. «Je suis inquiète quand je vois l’obsession autour de l’entrepreneuriat en Afrique», déclare-t-elle d’un ton dubitatif lors d’une conférence sur l’innovation en Afrique.

Son développement est le suivant : «C’est devenu une mode. Nous ne nous soucions plus du manque d’électricité parce que nous voulons innover dans l’énergie solaire. Les écoles ne fonctionnent pas bien ? Pas grave ! On va tester de nouveaux modèles d’éducation. Les routes sont impraticables, mais bon, il y a Uber à Nairobi. Est-ce ça l’innovation ?»

L’innovation, selon elle, réside d’abord dans la responsabilité de nos dirigeants à gommer le retard en développement. Tout le monde voudrait entreprendre, mais entreprendre n’est pas une solution pour contourner les failles du système. Il faudrait se recentrer sur les priorités. L’entrepreneuriat ne doit pas nous faire oublier les manquements existant en matière de développement.

Les géants mondiaux se l’arrachent

Forte de ses convictions et de son apport positif dans le développement de supports technologiques visant à avoir un œil critique sur l’actualité politique africaine, elle accepte en 2011 le poste de chargée de la politique africaine du géant américain Google.

En 2013, elle rejoint la fondation Omidyar Network, chargée de promouvoir les initiatives permettant d’améliorer la transparence gouvernementale grâce aux nouvelles technologies. Elle conseille des organisations non gouvernementales et des institutions telles que la banque mondiale.

Elle refuse l’inaction et milite pour un engagement citoyen basé sur la passion de l’Afrique. Son activisme et ses convictions font d’elle une icône pour une jeunesse ambitieuse et soucieuse d’un mieux-être social. Ne dit-elle pas «que en tant qu’Africains nous devons être responsables de notre continent»?

Pour ceux qui sont tombés sous son charme en lisant ces modestes lignes, sachez qu’elle est mariée et mère de trois enfants.

Son Twitter : https://twitter.com/kenyanpundit

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