Ouganda – Elle traite la première dame de "truie paresseuse" et est emprisonnée

La première dame ougandaise (à gauche) et la militante des droits des femmes, Stella Nyanzi © Daily mirror

Actualité Kampala (Ouganda) — Deux chefs d’accusation ont été retenu contre une universitaire et militante des droits des femmes. Dr Stella Nyanzi a été arrêtée ce vendredi 7 avril pour outrage au Chef de l’État et à la Première Dame, et appel au public pour collecter des fonds pour des serviettes hygiéniques sans autorisation. Elle a vivement critiqué la ministre de l’Éducation de n’avoir pas respecté un engagement de campagne du président Museveni, celui de fournir aux lycéennes des serviettes hygiéniques gratuitement. La ministre de l’Éducation n’est autre que Janet Museveni, la Première Dame ougandaise.

La lutte pour les droits de l’homme et de meilleures conditions de vie pour ses semblables semble faire office de pénitence pour ceux qui s’y engagent avec virulence. Cette universitaire et militante des droits de l’homme vient de l’apprendre à ses dépens. En Afrique, et en particulier en Ouganda, les indicateurs de liberté d’expression et des droits fondamentaux des individus sont alarmants. L’affaire qui concerne Dr Stella Nyanzi à Kampala en est une criante illustration. Cette affaire soulève également l’épineuse question de cette liberté d’expression, à savoir s’il est permis au motif de cette idée de liberté, d’invectiver sur les réseaux sociaux.

Promesse de campagne non tenue

La fourniture gratuite aux lycéennes de serviettes hygiéniques était pourtant une promesse de campagne.  Et pour causes ! Des études ont établi un lien entre la déscolarisation des jeunes filles et leurs menstruations. Le coût des protections hygiéniques, le manque d’espaces pour se changer, autant de facteurs qui feraient perdre aux jeunes filles près de 20 % de leur temps scolaire, d’autres finissant même par décrocher, à cause de leurs règles. Cette problématique avait été soulevée par des associations, ce qui avait fait un écho dans la classe politique en Ouganda.

Ainsi en 2016, Yoweri Museveni alors en campagne présidentielle en avait fait un enjeu pour l’éducation des jeunes filles. Une fois réélu, le gouvernement ougandais devait octroyer une aide financière aux jeunes filles pour se procurer des serviettes hygiéniques. Constatant la non-tenue de cette promesse de campagne, Stella Nyanzi est alors montée au créneau pour dénoncer avec virulence ce qu’elle considère comme étant une atteinte à l’éducation des jeunes filles. La ministre de l’Éducation, Janet Museveni ayant déclaré à l’Assemblée nationale ne pas avoir assez d’argent pour financer ce projet.

Stella Nyanzi ou l’art de l’offense publique

Utilisant parfois des propos à connotations sexuelles, le Dr Stella Nyanzi a publié plusieurs messages sur sa page Facebook pour critiquer les politiques gouvernementales. La principale cible de ses attaques répétées a été justement Janet Museveni. La ministre de l’Éducation avait été obligée de sortir de son silence pour répondre aux attaques du Dr Nyanzi. Le 30 mars dernier, sur une chaine de télévision ougandaise, la Première Dame avait alors déclaré « pardonner les propos du Dr Nyanzi sur les médias sociaux ».

Une semaine plus tard, l’activiste se faisait pourtant arrêter par la police pour ses sorties remarquées sur Facebook. Et pour causes ! Au lendemain de la tentative de réconciliation initiée par Janet Museveni, Stella Nyanzi avait froidement répondu à la Première Dame en la traitant de « truie paresseuse » et de « paire de fesses ».

« Avec son cerveau plus étroit que son vagin, elle a osé me pardonner ? […] Je rejette son pardon ».

Il lui est également reproché d’avoir lancé une campagne de collecte de fonds pour l’achat de serviettes hygiéniques sans avoir eu l’autorisation des autorités ougandaises. Sur sa page Facebook, elle a publié plusieurs vidéos demandant la générosité des Ougandais en faveur de leurs petites sœurs qui aspirent à de meilleures conditions scolaires et sanitaires. D’ailleurs, c’est au sortir d’une conférence dans le cadre de cette campagne qu’elle a été arrêtée vendredi soir.

Expertise psychiatrique demandée

Elle a comparu ce lundi devant un tribunal pour les faits qui lui sont reprochés. Sous recommandation du procureur de la République, une expertise psychiatrique a été ordonnée. En effet, le ministère public a souligné que ce n’est pas la première fois que Dr Stella Nyanzi se fait remarquer sur les réseaux sociaux. En 2016, protestant contre une tentative d’exclusion à son encontre de l’université où elle travaille en tant que chercheuse, elle avait publié des vidéos d’elle, seins nus.

Les associations des droits civiques et autres ONG assimilées sont très vite montées au front pour protester contre son arrestation qu’elles ont qualifiée d’être un déni du droit à la liberté d’expression. Sur les réseaux sociaux, des hashtags ont été créés en ce sens pour exprimer le soutien à la cause de cette chercheuse en anthropologie et en « linguistique ». Ainsi des « #FreeStella » et « #FreeStellaNyanzi » alimentent les timelines sur Twitter et Facebook.

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