[Portrait] Elisabeth Domitien, première femme Premier ministre africaine

Portrait (Histoire) – Elisabeth Domitien fut la première femme nommée au poste de Premier ministre. Une décision historique en Centrafrique, mais aussi sur tout le continent.

Née en 1925 à Bangui, elle apprend le calcul et la couture auprès des religieuses durant l’époque coloniale. Son faible niveau scolaire ne lui permet pas de lire et écrire le français correctement. Elle s’exprime donc quasiment toujours en Sango.

Commerçante, elle fait son entrée en politique dans les années 50, tout juste âgée d’une vingtaine d’années. Elle se joint au combat de Barthélémy Boganda pour l’indépendance de la Centrafrique alors connue sous le nom de l’Oubangui Chari.

Sa maîtrise du sango et la force de ses discours sont autant d’atouts qui font d’elle une personnalité remarquée. Si elle sait mobiliser les foules, elle est aussi connue pour son franc-parler.

Plus tard, elle est élue présidente des femmes du Mouvement pour l’Evolution Sociale de l’Afrique Noire (MESAN). Le parti se muera par la suite en parti unique d’Etat.

Première premier ministre 

Alors que le colonel Jean Bedel Bokassa prend la présidence du MESAN par la force, il lui donne la vice-présidence du parti en 1967. Fervente supportrice de Bokassa, il lui témoigne à nouveau sa confiance en la nommant premier Ministre le 6 Juin 1974. Un poste nouvellement créé et attribué pour la première fois à une femme sur le continent.

Elle place son mandat sous le sceau de l’agriculture, le commerce et la promotion de la femme.

En 1971, elle soutient Bokassa et considère elle aussi que la République Centrafrique a le droit de battre sa propre monnaie. Dans le même temps, elle fustige le franc CFA et ses taux de conversion.

Pourtant, le torchon brûle entre eux lorsqu’elle exprime son désaccord quand Bokassa veut transformer la Centrafrique en royaume et se faire couronner empereur. Elle estime en effet que cela ne serait pas bien perçu à l’étranger. Elle est remerciée et remplacée par Ange-Félix Patassé en 1976. Contrainte de repartir à Bimbo, elle est rappelée en tant que conseiller particulier de Bokassa Ier.

Fin de vie loin de la politique

Après la chute de Bokassa en 1979, elle est emprisonnée. Elle est alors accusé de détournement. Son procès a lieu l’année suivante. Elle est interdite de politique. Un an plus tard, elle est finalement acquittée et libérée, en février 1981. Mais le gouvernement en place lui confisque ses biens et ses propriétés. Elle se retire alors définitivement de la vie politique pour s’occuper de ses affaires privées.

Devenu président de la république, Ange-Félix Patassé, lui offre une assistance financière et se propose de l’aider à reconstruire sa maison détruite lors d’émeutes à Bangui. Il lui propose également de faire son grand retour en politique, proposition qu’elle décline. Elle participe toutefois au Dialogue national en 2003 organisé par le général Bozizé.

Elle meurt le 26 avril 2005, à l’âge de 80 ans. Des funérailles nationales sont organisées le 10 mai 2005.

Au cours de sa vie, elle aura reçu plusieurs décorations, comme celle de l’ordre du mérite centrafricain ou encore l’ordre du mérite agricole.

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