Afrique : Quelle est la langue des premiers hommes ?

hieroglyphesCette question a l’air très évidente, vu que tout le monde peut se la poser, tout le monde devrait se la poser. Mais en réalité, non. Peu de personnes autour de nous se demandent quelle pourrait être la toute première langue de tous premiers hommes. D’abord parce que la langue est une donnée naturelle, pas facile à remettre en cause. C’est tout naturellement que les humains parlent entre eux. Ensuite, on naît toujours et déjà après notre langue. Autrement dit, elle s’impose à nous par coercition. Nos parents et notre entourage nous l’apprennent et nous la parlent sans demander notre avis. Enfin, pour la masse, c’est un effort considérable que de se préoccuper d’une chose qui n’a aucun lien direct avec les besoins primaires de l’homme dont : se nourrir, se loger, respirer et dormir

 L’importance de savoir quelle a été la première langue des premiers hommes ne laisse personne indifférent. C’est un sujet qui est à la fois anthropologique, philosophique, sociologique, linguistique, littéraire et finalement politique, c’est-à-dire idéologique. Plusieurs spécialistes de la langue se sont penchés sur le problème, mais il est resté aporétique. L’aporie vient du fait que personne jusqu’à ce jour n’est parvenu à démontrer que telle langue est celle que les premiers hommes parlaient. En revanche, chacun a tenté de créer une maligne parenté d’avec la première langue, au point où un problème simple est devenu le théâtre de diverses controverses.

La première divergence remonte à l’Antiquité en 387 av. J.-C., qui nous produit le Cratyle, l’un des plus importants textes de la philosophie des langues et du langage. Pour rappel, le dialogue entre Cratyle et Hermogène oppose deux visions sur le rapport de la langue au monde qui nous entoure : « les choses ont-elles été nommées par nature ? », pense Cratyle – ou par convention ? Suggère Hermogène. Face à ce débat, Socrate propose son point de vue en guise de voie de sortie : « La connaissance (…) ne dépend pas de notre rapport avec les noms, mais de notre rapport avec les choses ». Finalement ces trois positions semblent se compléter correctement. D’autres tendances surgissent comme celle, judéo –  chrétienne, qui ne précise pas dans quelle langue parlaient Dieu et Adam, le premier homme. Autant dans Genèse 11 : 1-9, texte inaugural de la bible, il est dit que peu après le Déluge, les hommes parlaient une même langue. Mais laquelle ? On sait juste que Babel a abouti à une sorte d’éclatement vers plusieurs langues différentes. Donc l’aporie perdure. L’histoire des idées sur les langues sera aussi marquée par la tendance des théories scientifiques. Pour faire court, les spécialistes de cette question de langue se livrent un combat nationaliste. Chacun voulant démontrer que la langue de sa civilisation est la langue primitive de l’humanité, le sujet devint de plus en plus complexe, étant donné que ces débats et recherches se passent en occultant et/ou en excluant l’Afrique.

Allégorie de la Tour de Babel par Pieter Bruegel

La première langue est africaine

Logiquement, pour connaître la première langue que parlaient les premiers hommes, il faudrait d’abord savoir qui sont les premiers hommes et où les a – tu – on retrouvés sur terre ? En tentant de répondre à ces deux problématiques « du qui et du où » fondamentalement anthropologiques, nous avons impliqué l’Afrique. Selon les paléontologues et les généticiens, « l’Afrique est le berceau de l’humanité », car l’homme moderne d’aujourd’hui est apparu en premier sur ce continent. Cette hypothèse efface toute idéologie voulant trouver l’origine de la langue naturelle primitive en Occident ou ailleurs. C’est donc le premier Africain qui a prononcé le premier mot de la première langue de l’humanité.

Sans avoir résolu le problème dans sa globalité, cette modeste analyse a le mérite de faire avancer le débat ; d’y intégrer une approche qui implique le monde au-delà de l’Occident, notamment l’Afrique ; et de rappeler l’origine du premier homme, la place de l’Afrique dans l’histoire des langues de l’humanité, par extension.

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