Procès de Teodoro Nguema Obiang dans le cadre de l'affaire des biens mal acquis

Prévu initialement pour le 2 janvier 2017, le procès de Teodorin Obiang actuel vice-président de la Guinée-Équatoriale,  a été renvoyé au 19 juin 2017 par le tribunal correctionnel de Paris sur une demande de l’avocat de ce dernier. Le fils  du président de la Guinée-Équatoriale est poursuivi pour blanchiment d’abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption dans le cadre de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’affaire des biens mal acquis ». Face à cette plainte embarrassante déposée par les associations Sherpa et Transparency International France, le prévenu nie les faits  qui lui sont reprochés et entend démontrer la preuve de son innocence. Il encourt une peine de 10 ans d’emprisonnement et une amende allant jusqu’à  50 millions d’euros.

L’Affaire des biens mal acquis  le combat acharné des ONG et des citoyens africains

Le scandale des biens mal acquis commence en mars 2007 avec la publication du rapport intitulé  « Biens mal acquis profitent trop souvent : La fortune des dictateurs et les complaisances occidentales » par Le CCFD-Terre solidaire. Ce document  qui met en lumière l’ampleur des avoirs colossaux, vraisemblablement détournés,  de nombreux chefs d’État africains en France, et pointe du doigt  l’impunité accordée par les démocraties occidentales.

Il s’en suit une plainte déposée par les associations  SHERPA, Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora  contre les familles dirigeantes de l’Angola, du Burkina Faso, du Congo-Brazzaville, de la Guinée équatoriale et du Gabon devant le Procureur de la République de Paris pour « recel de détournement de fonds publics ».

C’est le début, de l’affaire qui connaitra de nombreux remous, entre plaintes classées sans suite, recours, multiplications de plaintes, qui aboutiront finalement, le 9 novembre 2010, à la décision de la Cour de cassation de casser celle de la cour d’appel de Paris, et juger recevable la plainte déposée par Transparency International France.

Une information judiciaire est ouverte et deux juges d’instruction sont désignés. Par la suite, l’enquête prend de l’ampleur, et de nombreux biens immobiliers et mobiliers, appartenant à de nombreux chefs d’État et leurs familles vont être saisis notamment le parc automobile, les hôtels particuliers, entreprises et appartements luxueux appartenant aux familles Bongo, Sassou Nguesso, et Teodorin Obiang Nguema. Un mandat d’arrêt est délivré contre  Teodorin Nguema Obiang, avant une mise en examen par les juges d’instruction du tribunal de Grande Instance de Paris pour blanchiment en mars 2014.

Le silence des institutions qui laisse entrevoir une prise en otage des régimes

Depuis la révélation du scandale des biens mal acquis, par les autorités françaises, de nombreux biens immobiliers ont été saisis et parfois revendus aux enchères, au grand dam de leurs propriétaires. Ces affaires ont affolé l’opinion générale, mais de manière surprenante, les autorités des pays concernés n’ont pas commenté ces mesures avec enthousiasme. Ni d’autosaisie des affaires, ni enquêtes sur le patrimoine immobilier des chefs d’État et les leurs, ni suivi et justification des avoirs, le scandale des biens mal acquis est passé tel un non-événement dans les républiques africaines concernées. D’ailleurs dans certaines sphères, ils se murmurent que toutes ces actions n’auraient que pour but la déstabilisation des gouvernements en place.

Mais pour les observateurs avertis, l’opacité dont font preuve les institutions judiciaires de ces pays révèle leur profonde allégeance aux chefs de l’état, et l’absence de justice véritable et de démocratie. Tout fonctionne comme s’il n’y aurait pas de cour habilitée à auditer les comptes des dirigeants, ou du moins de leurs proches, ces derniers bénéficiant de l’immunité présidentielle.

Plus surprenant, le testament d’Omar Bongo, également cité dans ce scandale financier, révélait d’importantes sommes d’argent et biens immobiliers, qui n’ont pourtant pas interpellé les tribunaux et différents organismes de contrôle gabonais. Cette « intouchabilité » s’observe au Gabon, en Guinée équatoriale, et  au Congo.

Procès symbole

En juin prochain, tous les regards seront tournés vers Paris pour le dénouement de cette affaire et ce procès inédit. Pour les nombreuses ONG et associations qui se battent depuis des années pour que cesse l’impunité et soit mis à nu, les détournements et le pillage des ressources publiques par certains dirigeants africains et leur famille, il s’agit d’une petite victoire, dans leur lutte.

Quelques voix s’élèvent pourtant, du côté africain, pour dénoncer l’ingérence française dans les affaires africaines, une tentative de déstabilisation et certains allant même jusqu’à parler « d’action néo-colonialiste » .pour rappel, la justice française s’est penchée uniquement sur les avoirs et les patrimoines de ces hommes politiques en terre française, selon les lois en vigueur en France.

Après le procès du vice-président équato-guinéen, d’autres affaires sont dans le viseur de la justice française notamment, celle de Sassou-Nguesso et famille et celle du défunt président Omar Bongo.

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