La psychologie, un tabou de plus en Afrique

psychologie en afrique
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Pour la majorité des Africains, consulter un psychologue s’apparente à être atteint de troubles psychiatriques graves communément appelés la folie. La proportion d’Africains qui consultent un psychologue est encore faible tandis qu’en Occident, le psychologue est considéré comme un spécialiste comme les autres. Pourquoi ce tabou, ce voile autour de ce métier alors que la souffrance, elle, est universelle ?

Qu’est-ce que la psychologie ?

Nous nous sommes déjà tous posé des questions du type : « Pourquoi je réagis toujours comme ça ? », « Pourquoi ça m’affecte autant ? », « Pourquoi je n’arrive pas à tourner la page ? » « Comment traverser cette épreuve ? ». Les traumatismes de l’enfance, la perte d’un être cher, le chômage sont autant de facteurs qui peuvent pousser n’importe qui à demander l’aide d’un psychologue sans honte. La psychologie est une science qui étudie l’esprit humain et ses différents mécanismes.
Le psychologue exerce dans diverses structures telles que les hôpitaux, les cliniques, les milieux professionnels, les établissements psychiatriques.   Le travail du psychologue consiste justement à écouter, analyser, comprendre son patient grâce à des méthodes thérapeutiques tout en l’accompagnant dans un processus de rééquilibre émotionnel.
Par abus de langage, en Afrique, on confond facilement un psychologue avec un psychiatre. Ce dernier a pour spécialité le traitement des maladies mentales plus ou moins lourdes comme la schizophrénie, la maniaco-dépression, la psychose, les troubles de la personnalité, etc. grâce à des médicaments.

« La psychologie, c’est pour les fous »

Rappelons-nous d’un passage du discours de Mobutu de 1973 à l’ONU, je cite : « «Faut-il appeler pays sous-développés, ceux dont les habitants sont pauvres certes, mais équilibrés. Où l’on compte le moins de meurtres et moins de déséquilibrés et sadiques ». On perçoit tout de suite la stigmatisation dirigée vers les personnes psychologiquement faibles.
À partir de cette approche clairement péjorative, on comprend rapidement pourquoi aller chez le psy est très mal vu en Afrique. « Le psychologue, c’est pour les blancs », « La dépression n’existe pas chez les noirs », « Je ne suis pas fou pour aller voir un psychologue », « Les noirs ne vont pas chez les psys, ils vont à l’église ». Tels sont les clichés profondément ancrés dans l’imaginaire africain lorsqu’on évoque le fait de consulter un psychologue. Mais la vraie question qu’il faut se poser est : la psychologie telle qu’on la connait, est-elle adaptée au contexte africain ?
 

Aller à l’église, une façon d’aller voir un psychologue ?

Malgré cette réticence, il y a bien une pratique en Afrique qui rappelle celle de la psychothérapie : aller à l’église. Avec un peu de recul, lorsqu’on analyse le comportement, le langage des croyants qui se rendent régulièrement à l’église, on peut constater en toute objectivité qu’il s’agit ici d’une forme de thérapie.
En effet, en allant à l’église, on s’adresse à un être qui nous écoute et qui a solution à nos problèmes. En priant, on peut dire sans tabou ce qui nous tourmente et qui dérange notre équilibre psychique et émotionnel. Et souvent à la fin, on paie une offrande. La seule différence majeure est qu’ici le psychologue, on ne le voit pas.
Il existe donc des événements qui nous dépassent tous, peu importent notre origine et notre culture. L’Africain avec tout ce dont il est témoin sur son continent n’est certainement pas exempt de souffrances psychologiques.

Il est urgent de lever le tabou sur la question

En Afrique, on a plutôt tendance à faire l’autruche quand un sujet dérange ce qui n’est pas la meilleure des solutions. Consulter un psychologue ne fait pas partie des seuls sujets tabous qui existent. L’un des plus connus est celui de la sexualité. C’est en évitant de parler de sexe avec nos jeunes qu’on crée des situations plus ou moins dramatiques telles que les avortements clandestins, les maladies sexuellement transmissibles, les grossesses non désirées.
De la même façon, c’est en passant sous silence les traumatismes qui sont inévitables dans le parcours de tout être humain qu’on engendre des maux tels que la dépression, la démence qui sont des maladies psychosomatiques. Dans le pire des cas, on fait face à une autre conséquence plus grave : le suicide.

Le taux de suicide en Afrique, bien plus élevé qu’on le croit

S’il est vrai que le taux de suicide en Afrique n’est pas aussi élevé qu’en Occident, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas faible. En effet, selon l’OMS, la catégorie la plus touchée en Afrique se trouve parmi les jeunes hommes. Les facteurs qui peuvent conduire au suicide sont les troubles mentaux, l’utilisation de substances illicites, le chômage, le célibat, la perte d’un être cher, l’isolement suite à des maladies tels que le VIH.
La question est tellement délicate qu’il est difficile de se procurer des chiffres exacts par pays. Notons qu’en 2007 le taux s’élevait à 0,9 en Afrique du Sud. En 2008, il était de 6,8 à l’île Maurice. David Ndetei, psychiatre au Kenya explique : « Les gens ne parlent pas de suicide. Le suicide n’existe pas. En Afrique, c’est complètement stigmatisé comme bien d’autres choses ».
 
Docteur Mukwengue, gynécologue congolais surnommé encore « L’homme qui répare les femmes » s’était exprimé sur une chaîne de télévision française en ces termes : « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime ». Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une chose est cachée qu’elle n’existe pas. Il serait donc temps que des études soient menées pour qu’on adapte la psychologie à l’homme africain pour qu’il puisse aussi réparer les maux qu’ils ne voient pas.
 

0 Comments on this Post

  1. La psychologie, un tabou de plus en Afrique….
    Article actuel et pertinent qui nous interpelle d’abord comme professionnel de la psychologie mais aussi comme agent de développement communautaire.
    Bravo à l’initiative de l’auteur.
    Nous espérons une collaboration portant le message de fond de l’article.
    Bien Cordialement

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