Libre propos : Que doivent attendre les africains de l'élection présidentielle française ?

Les 11 candidats à la présidentielle 2017 | Crédit : AFP et Montage RTLNET

Décryptage des espoirs naïfs africains sur le futur locataire de l’Élysée

À quelques heures du vote du futur président de la République française, les Français d’origine africaine, ou plus généralement les Africains francophones rentrent systématiquement dans une sorte d’euphorie ambiante entre militantisme, analyses, commentaires et fantasmes. Cette frénétique jubilation est l’expression d’une réelle envie de vivre les bienfaits de la démocratie, de l’État de droits et de bénéficier des retombés économiques de leurs nombreuses richesses sol et sous-sol. C’est ce qui explique cette attention mécanique à la politique française, sachant que c’est là, a posteriori, que peut venir aussi le déclic du changement qui renverserait les dictatures suceuses du continent africain. Ainsi mettent-ils leurs derniers espoirs de liberté et de développement entre les mains du prochain(e) élu(e) de l’Élysée. Comportement naïf et/ou réelle manifestation d’une aspiration au changement des régimes politiques francophones quasi controversés ? Les Africains doivent-ils attendre quelque chose d’un président français ? Si oui, que doivent-ils attendre de lui ?

Retour éclair sur les différentes propositions politiques des candidats français pour l’Afrique

On ne peut reprocher aux Africains de s’intéresser à l’élection présidentielle française. Le partenariat historique incluant le social, le politique, et l’économique entre la France et ses anciennes colonies nous met face à la réalité suivant laquelle il y a beaucoup d’Afrique en France et un peu trop de France en Afrique. Ainsi déséquilibrée, cette coopération pousse les Africains à afficher une réelle volonté de normaliser les rapports afin d’aboutir à une relation plus humaine, donc gagnant-gagnant. L’Afrique a pour cela un important électorat en France par le biais de sa diaspora. Les candidats à l’Élysée le sachant consacrent systématiquement une partie de leurs programmes au continent. Certains d’entre eux, par démagogie ou par insouciance politique, tombent dans la facilité des acquis d’un partenariat gagnant – perdant, en proposant la continuité du viol qu’on appelle doucement la « Françafrique » dans un langage très diplomatique.

Langue de bois et condescendance versus respect de la souveraineté africaine

Il faut être conscient que « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». En période de campagne, les candidats français promettent toujours de rompre avec les anciennes pratiques des temps coloniaux. Une fois à l’Élysée, au mieux ils gardent le silence comme Hollande, au pire ils soutiennent les dictatures comme Sarkozy.

 Dans ce sillon il y a Fillon, candidat des Républicains, qui ne clame clairement aucune sorte de rupture avec les méthodes « françafricaines ». En revanche, il s’illustre dans un déni de réalité coupable et complice visant à blanchir le passé colonial français et ses crimes commis notamment au Cameroun, selon les propos recueillis par Fabien Leboucq et Christophe Boisbouvier de Radio France Internationale (RFI).

 Contrairement à Fillon, Philippe Poutou, candidat d’extrême gauche, propose un retrait total des troupes françaises présentes en Afrique. « Il n’y a pas de stabilité dans les pays où l’on est intervenu » déduit Léon Crémieux, chargé des questions internationales de Poutou. Il ajoute : « Nous refusons l’idée d’un rôle civilisateur de l’Europe en Afrique : ce ne sont pas des petits frères et nous ne sommes pas des grands frères ».

À côté de François Fillon, il y a Benoît Hamon, candidat du Parti Socialiste, qui fait dans le jeu politique de duperie et d’hypocrisie. Car, il propose, pour un quinquennat allant jusqu’en 2022 — au cœur des temps modernes des libertés des peuples — d’appuyer les interventions militaires, d’octroyer une aide au développement et d’autres types d’accompagnement paternaliste qui maintiennent et définissent l’Afrique comme un continent assisté, incapable de marcher sur ses deux pieds.

 À l’opposé, on a Nathalie Arthaud, candidate de la Lutte Ouvrière, mouvement qui propose de « mettre fin au capitalisme et à sa forme de domination actuelle : l’impérialisme (…) qui a pour nom hypocrite la francophonie, pour instrument le franc CFA, monnaie de dominés (…) contrôlée par la bourgeoisie française ». Elle veut stopper toutes les interventions militaires françaises en Afrique, car « chaque intervention suscite le chaos », mettre fin au « pillage » de l’Afrique par les grandes entreprises françaises. Les candidats mineurs font les propositions les plus courageuses contrairement à certains candidats majeurs.

Les candidats majeurs et leurs techniques de séduction

 Il y a Marine Le Pen avec sa politique nationaliste du « chacun chez soi ». Une politique de mémoire sélective qui étrangle les étrangers africains en situation irrégulière en France sans jamais s’intéresser aux causes de leur déplacement vers l’Europe. Elle dénonce la « Françafrique » et le Franc CFA son arme fatale « qui est un drame pour les économies africaines ». Cependant, la candidate du Front National n’édifie pas sur ce qu’elle compte faire de tous les Français vivant en Afrique et des dictateurs qui n’ont de pouvoir que le soutien de l’Élysée et des multinationales françaises.

 Il y a enfin Macron et Mélenchon, deux candidats majeurs qui bénéficient du soutien de la majorité de l’électorat africain. Quand Macron cherche à séduire en pourfendant la colonisation comme « une barbarie (…), un crime contre l’humanité » tout en biaisant sur les élections controversées de certains dirigeants africains, Mélenchon semble plus pragmatique. Le candidat de « La France insoumise » fustige les guerres et l’asphyxie économique causées par l’ingérence occidentale à l’origine de l’immigration de nombreux Africains. Il affiche une volonté plus que constante à « en finir avec la Françafrique », à supprimer le Franc CFA depuis 2012. C’est Mélenchon lui qui promet une fois élu, de libérer Gbagbo. Et n’a-t-il pas pris le parti de Jean Ping devant le parlement européen afin de respecter la liberté du peuple gabonais de choisir son président. C’est aussi le seul candidat qui propose de changer ce regard condescendant et infantilisant envers l’Afrique afin de « se préparer à une relation dans laquelle l’Afrique marchera en tête, exercera des responsabilités particulières ».

En somme, nous avons affaire à deux types de candidats : ceux qui font des propositions sincères envers l’Afrique en esquissant une politique de rupture et de responsabilité, et ceux qui font dans le jeu politique de la continuité conservant les acquis et l’entretien de la dépendance de l’Afrique. Dans ce rapport de force, il est fortement recommandé aux Africains de ne pas trop s’émouvoir. Le président français est d’abord un élu français pour la France et le peuple français avant d’être un partenaire pour Africains. La lucidité conseille de construire nos espoirs sur le roc du Kilimandjaro et non sur la bienveillance de Marianne.

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