RD Congo – Kasaï : Un retour sur l'origine de cette crise humanitaire inquiétante

Carte RDC
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Actualité RD Congo — Depuis août 2016, la région du Kasaï dans le centre de la RDC est le théâtre de violents affrontements. Ceux-ci opposent les forces de sécurité aux miliciens Kamwina Nsapu. Le conflit ne cesse de s’étendre et la situation devient de plus en plus alarmante.

Le Kasaï-Occidental est une province d’environ 6,2 millions d’habitants. Elle est située au centre de la République démocratique du Congo (RDC).

Le 18 juillet 2015, l’État congolais décide de diviser le Kasaï-Occidental en deux nouvelles provinces en l’application de la Constitution de 2005. Ainsi naissent le Kasaï et le Kasaï-Central.

Peu après ce démembrement, le 25 août 2015, est adopté une loi fixant le Statut des chefs coutumiers. Elle fait polémique et la question d’immunité à vie pour les chefs coutumiers fait débat.

Cependant ce n’est pas le seul changement. Les Chefs coutumiers deviennent des salariés de l’État. Ils sont aussi reconnus et investis par le pouvoir qui a le droit de les nommer et de les destituer. C’est ainsi qu’émerge une voix dissidente à cette mesure, celle de Kamwina Nsapu.

Kamwina Nsapu se rebelle 

Jeune chef coutumier originaire de Dibaya, de son vrai nom Jean-Pierre Mpandi, il obtint le titre honorifique de Kamwina Nsapu (chef des Bajila Kasanga dans le Kasaï-Central) en 2011. Sa nomination semble avoir été facilitée par sa possession d’un grand nombre de fétiches. Seulement, sa nomination n’est pas confirmée par le gouverneur de la province d’où la genèse de sa rébellion.

Se sentant mis à l’écart, il s’élève contre la nouvelle loi. Très influent dans sa province il tient de nombreux et violents discours à l’encontre de Joseph Kabila. Il fait campagne pour que ne soit plus reconnu à partir du 20 décembre 2016 (date de la fin du mandat de Kabila, NDLR), tout représentant de l’État.

Afin de calmer les esprits face à une rébellion naissante et de plus en plus nombreuse dans le Kasaï-Central, Kabila se rend à Kananga en juillet 2016, environ un an après l’adoption de la loi qui a fait polémique. Peu après cette visite le 12 août 2016, Kamwina Nsapu est assassiné lors d’affrontements avec les forces de sécurité.

La lutte ainsi initiée, a survécu à la mort du chef coutumier à travers ses disciples. Elle s’est étendue à d’autres personnes et dans d’autres provinces et les affrontements perdurent.

« Ce ne sont pas seulement les disciples de Kamwina Nsapu qui se soulèvent » affirme le chercheur Anaclet Tschimbulanga avant de continuer « c’est devenu une révolte populaire, rurale et urbaine, alimentée par des griefs coutumiers et un mécontentement à l’égard du pouvoir central ».

Le phénomène prend de l’ampleur

Aujourd’hui, le phénomène qui ne concernait que le Kasaï, le Kasaï-Central et le Kasaï-Oriental, s’est étendu à la province de Lomami et de Sankuru.

Depuis le début des affrontements qui ont déjà fait selon l’Organisation des Nations Unies, plus de 400 morts et 600.000 déplacés, on dénombre de nombreuses conséquences désastreuses parmi lesquelles :

  • Les massacres filmés par les forces de sécurité. Le 17 février 2017, une vidéo a été mise en ligne sur internet. Elle montrerait des soldats congolais tuer les milices Kamwina Nsapu. Après avoir aligné ces derniers, les soldats armés de Kalachnikov les abattaient les uns, les autres. Ceux qui respirent encore reçoivent une autre rafale. L’ONU parle d’un usage disproportionné de la violence tandis que les autorités congolaises parlent d’un montage. D’autres vidéos similaires ont fait surface, mais n’ont pas été authentifiées.
  • La découverte de nombreux charniers. Après avoir signalé la présence de nombreux charniers, l’ONU fait la découverte de dix fosses communes le 22 mars. Un peu plus tard, 13 nouvelles fosses communes sont découvertes par les enquêteurs de l’ONU. « Nous avons partagé avec les autorités la découverte de nouvelles fosses communes dans le Grand Kasaï. Le nombre est passé de 10 à 23 dans le Kasaï, Kasaï-Central et Kasaï-Oriental » affirme José Maria Aranaz.
  • La mort de deux experts de l’ONU. Partis pour enquêter sur les violences dans le Kasaï, la Suédoise Zaida Catalan et l’américain Michael Sharp disparaissent le 12 mars 2017. On compte aussi un interprète et trois chauffeurs. Peu après, les corps des deux experts sont retrouvés dans une fosse commune dans le Kasaï. Cette nouvelle procure une vive émotion chez le Conseil de sécurité de l’ONU qui exige que la lumière soit faite rapidement sur les circonstances de leur mort.
  • Les affrontements ne s’arrêtent pas. Malgré un accord passé le 19 mars, les rebelles ne laissent pas les armes. De nombreux heurts se produisent quotidiennement comme à Tschimbulu et les édifices publics sont parfois la cible de miliciens comme à Luebo.

Vive inquiétude quant a la situation du Kasaï

De par le monde, les appels au calme se multiplient. Le 2 avril lors d’une visite pastorale en Italie, le pape a déploré « les affrontements sanguinaires » dans le Kasaï. Aussi devant 20.000 fidèles, il a exhorté chacun à « à prier pour la paix, afin que les cœurs des auteurs de ces crimes ne restent pas esclaves de la haine et de la violence ».

L’Église catholique, à travers la conférence épiscopale du Congo et le nonce apostolique, dénonce l’usage de la force au détriment du dialogue et d’ « une réponse politique ». Le nonce apostolique s’inquiète aussi des violations des Droits de l’Homme « Il y a des perquisitions dans des maisons sans mandats, il y a des détentions arbitraires, il y a même des accusations de tuerie, de morts pendant l’opération.?»

La Cour pénale internationale (CPI) se dit « profondément préoccupée par les nombreux rapports faisant état d’une situation de violences graves » dans les provinces des Kasaï. Elle appelle « toutes les parties à s’abstenir de recourir à la violence criminelle » en rappelant que la Cour a déjà ouvert une enquête sur la RDC en 2004.

Yvon Edoumou porte-parole de Ocha (Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, NDLR) en RDC lui aussi s’alarme de la situation. Il a d’abord rappelé que les provinces du Kasaï étaient connues pour être paisibles avant d’ajouter « Aujourd’hui, en l’espace de neuf mois, cette région est devenue un foyer de crise majeure pour les humanitaires. ».

Lors de la 671e réunion du Conseil de Paix et de sécurité de l’Union Africaine, la RDC était le sujet majeur. Le Conseil « Exprime sa vive préoccupation face à la recrudescence de la violence et à l’expansion de l’insécurité en RDC, y compris des violations répétées des droits de l’Homme, qui ont contribué à la détérioration de la situation humanitaire. ».

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