RDC : Débat à Genève sur l'ouverture d’une enquête internationale sur le Grand Kasaï

Le haut commissaire aux droits de l’homme, le prince Zeid, le 6 juin 2017, lançant un ultimatum à la RDC sur le kasaï
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Actualité République Démocratique du Congo (AfricaPostNews) – Estimant les réponses apportées par le gouvernement congolais sur les violences dans le Kasaï insuffisantes, le prince Zeid avait soumis aux 47 pays membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU une demande formelle d’ouverture d’une enquête internationale pour faire la lumière sur les graves exactions constatées. De son côté, la ministre congolaise des Droits de l’homme estime que la RDC est un pays souverain et doit elle-même conduire les investigations. Les débats ont débuté hier et devraient aboutir aujourd’hui sur un vote. Le consensus ne semble pas trouvé.

Il semblerait qu’un dialogue de sourds a lieu actuellement à Genève entre les autorités congolaises et le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. Zeid Ra’ad Al Hussein, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, avait demandé à plusieurs reprises au gouvernement congolais de prendre des mesures pour garantir la transparence de l’enquête sur les exactions commises dans le Kasaï. Aussi, il avait souhaité que Kinshasa associe le bureau de l’ONU. Trouvant les réponses apportées par l’administration congolaise non pertinentes, il a donc saisi le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour l’ouverture d’une enquête internationale indépendante de celle menée par Kinshasa.

Débat ouvert sur les modalités de l’enquête sur le Kasaï

Les 47 membres du conseil, ainsi que la ministre congolaise des Droits de l’homme sont en conclave depuis hier pour débattre d’une éventuelle enquête. Plusieurs ONG sont aussi présentes pour soutenir la demande du haut-commissaire en apportant leurs observations de terrain. Pour rappel, 42 fosses communes ont déjà été dénombrées sans que des enquêtes poussées aient été menées par Kinshasa. Si les participants au dialogue sont unanimes sur la nécessité de faire la lumière sur les faits, c’est plutôt la forme que doit prendre cette enquête qui fait débat.

Kinshasa d’accord pour la présence de l’ONU mais donne ses conditions

Le gouvernement congolais, par la voix de sa ministre Marie-Ange Mushobekwa, a pour sa part estimé avoir apporté les réponses souhaitées par le bureau de l’ONU. Une enquête a en effet été ouverte. La ministre a promis que les auteurs des crimes commis dans cette région seront jugés et condamnés. Selon elle, tous les responsables (miliciens ou de l’armée régulière) seront traduits devant la justice congolaise. Dans son argumentation, la ministre a toutefois souligné que les miliciens Kamuina Nsapu sont à l’origine de l’essentiel des violences. Un « livre blanc » a d’ailleurs été présenté à cet effet pour appuyer ses déclarations.

L’état congolais est tout de même d’accord pour une enquête collégiale, mais entend en garder la direction, rappelant sa souveraineté et estimant disposer d’une justice fonctionnelle. Kinshasa accepte l’initiative de l’ONU, à condition qu’elle se restreigne à une assistance technique. Dans un entretien publié aujourd’hui par Jeune Afrique, le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, a affirmé n’avoir aucune réticence quant à la présence de l’ONU et avoir confiance en son administration. « Nous voulons la lumière sur ce qui se passe au Kasaï et nous proposons aux Nations unies d’envoyer des experts pour épauler la magistrature congolaise. Celle-ci a déjà fait ses preuves » a-t-il déclaré.

Un vote pourrait intervenir dans la journée

Les pourparlers se poursuivent pour trouver une solution consensuelle entre les participants. Un vote pourrait intervenir dans la journée. Pour qu’une enquête internationale soit décidée, il faudrait que plus de la moitié des 47 membres du conseil des droits de l’homme, soit un minimum de 24 voix, vote en sa faveur. C’est loin d’être gagné. En effet, les représentants africains semblent soutenir le point de vue congolais.

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