RDC : Doute et polémique autour de la vidéo de l’exécution des experts de l’ONU

Les experts de l'ONU Michael Sharp et Zahida Katalan
Les experts de l’ONU Michael Sharp et Zahida Katalan

Actualité RDC – Les réactions et les avis se multiplient sur la vidéo de l’assassinat des deux experts de l’ONU tué dans le Kasaï. Parmi les voix qui s’élèvent, certains critiquent la diffusion de la bande, tandis que d’autres émettent de sérieux doutes quant à la version des faits soutenue par les autorités.

En début de semaine, les autorités congolaises avaient rendu public, la vidéo de l’exécution des deux experts de l’ONU Michael Sharp et Zaida Catalan. Dans une conférence de presse, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement Lambert Mende avait formellement accusé la milice Kamwina Nsapu , d’être l’auteur de ce meurtre sanglant. L’homme avait mis en lumière des éléments distinctifs des miliciens dans la vidéo. Cette dernière, permettrait également d’éloigner tout soupçon sur les forces armées congolaises suite à ce double homicide.

Cependant, la diffusion de la bande n’a pas été bien accueillie dans l’opinion nationale et internationale. La première réaction fut celle de l’ONU qui a vivement critiqué la décision des autorités congolaises de présenter ces images à la presse. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, avait estimé d’une part que les images pourraient être un choc pour les familles. D’autre part, la vidéo étant une preuve dans cette affaire, sa diffusion pourrait gêner l’enquête avait-il estimé.

La Monusco  , par la voix de son directeur de l’information publique Charles Bambara, s’est elle aussi dite indignée par la publication de la vidéo. « Nous ne pensons pas que cette vidéo devrait être diffusée publiquement », a-t-il déclaré. Il a ensuite exprimé les mêmes réserves que l’ONU concernant l’enquête.

Les doutes au niveau de la version des autorités

La polémique autour de la vidéo ne s’arrête pas aux indignations consécutives à sa diffusion. L’interprétation des faits par le ministre de la Communication est aussi remise en cause. De plus, plusieurs zones d’ombre subsistent dans cette affaire. Les miliciens qui s’expriment en lingala, alors que les membres de Kamwina  Nsapu s’expriment en Tshiluba, le mobile du crime assez flou, ou encore le fait que la milice n’ait pas revendiqué cet acte.

Pour Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (Asadho), la prudence est de mise. « On se base sur le fait que les gens qu’on a vus tout autour des experts portaient un ruban rouge autour de la tête. Ce ruban, on peut le faire porter à n’importe qui […] La justice indépendante ne pourrait pas tenir compte de ce simple élément distinctif pour arriver à la conclusion selon laquelle ce sont les miliciens de Kamuina Nsapu qui ont assassiné les deux experts ».

Cette vidéo qui devait apporter des lumières sur l’assassinat des experts onusiens vient finalement soulever de nouvelles interrogations. En attendant que l’enquête aboutisse, les regards sont désormais tournés vers les autorités congolaises.

Laisser un commentaire