Saartjie Baartman : la Vénus Hottentote

Histoire Afrique – Plus connue sous le nom de la « Vénus hottentote », Saartjie (Sarah) Baartman de son vrai nom Sawtche, est le symbole de la femme africaine aux formes généreuses. Ses atouts féminins lui valurent d’être traitée comme un objet sexuel et exposé comme bête de foire à travers l’Europe.  Son histoire est révélatrice du fait que les Européens, à cette époque, considéraient les Noirs comme des êtres inférieurs.

Une femme au physique extraordinaire

Née en 1789, au sein du peuple Khoïkhoï le plus ancien peuple d’Afrique Sud, Saartjie mourut à Paris à l’âge de 26 ans en décembre 1915. De père Khoïkhoï et de mère Bochiman, Saartjie fut asservie dès sa plus tendre enfance.

En 1807, échangées contre du tabac et de l’eau de vie, Saartjie et ses sœurs furent rachetées par Hendrick Ceasar. Ce dernier revendit Saartjie à un militaire britannique, du nom d’Alexandre Dunlop qui fut impressionné par la forme hors du commun de cette dernière.

Dotée de formes extraordinairement généreuses dues à une hypertrophie des hanches et des fesses (stéatopyge) et d’organes génitaux protubérants (ou tablier des Hottentotes dû à une pratique nommée « gukuna »), Saartjie fut emmenée à Londres par son maître en 1810.

Saartjie ou la bête de foire

C’est à son arrivée à Londres qu’elle fut baptisée du nom de Saartjie (qui signifie Sarah) avec l’autorisation spéciale de l’évêque de Chester. Dans cette ville, elle  devient un objet de foire dû à sa morphologie singulière, exhibée nue dans une cage à Piccadilly Circus au profit d’hommes qui tirent parti de son physique.

Après plus de 200 expositions en Grande-Bretagne, c’est en France et en Hollande qu’elle sera  exposée dès septembre 1814. Son physique était en effet associé à une certaine forme de sauvagerie. D’ailleurs; en France elle fut exposée dans des conditions inhumaines  par le propriétaire d’un zoo. Toutefois, son odieuse exposition ne fut pas considérée comme choquante, car le racisme « scientifique » y était  officiellement encouragé.

Malgré des conditions inhumaines, elle refusa d’être secourue  

Saartjie au contact de l’Europe apprit plusieurs langues; ainsi parlait-elle couramment le français, l’allemand et l’anglais. Elle était également une excellente musicienne.

À cause des conditions de « travail » inhumaines qui lui étaient imposées, Saartjie devint alcoolique. Elle s’adonna également pendant quelque temps à la prostitution afin de se nourrir. Elle refusa toutefois l’aide qu’on lui apportait en prétextant qu’elle percevait une partie des profits liés à son exhibition.

Elle mourut finalement le 29 décembre 1815. Les causes de sa mort restent inconnues, mais la pneumonie et la syphilis qui prévalaient à cette époque eurent certainement raison d’elle.

Disséquée et exposée au musée de l’homme à Paris

Après sa mort, Georges Cuvier (scientifique spécialiste de l’anatomie humaine), récupère son cadavre. Il en fait un moulage complet en plâtre. Aussi, estimant que Saartjie est la preuve de l’infériorité de la race noire et au nom des progrès de la science, il entreprit de la disséquer.

Après la dissection, le cerveau de Saartjie, ainsi que son anus, ses organes génitaux, furent conservés dans des bocaux remplis de formol. Cuvier finit par extraire son squelette, qu’il reconstitua os par os. Il expose et présente  le résultat de son travail devant l’Académie Nationale de Médecine.

Le moule et le squelette de Saartjie seront exposés plus tard dans la galerie d’anthropologie physique du musée de l’homme à Paris jusqu’en 1974 où ils seront finalement retirés.

Saartjie Baartman, rejoint sa terre natale en 2002

En 1994, à la fin de l’apartheid, le président Nelson Mandela demanda à la France la restitution des restes de Saartjie. Cette dernière s’y opposa prétextant que la dépouille de Saartjie appartiendrait à l’État français.

Ce n’est qu’en mars 2002, après le vote d’une loi spéciale de restitution, que la France rendra à l’Afrique du Sud le corps de la « Venus Hottentote ».

Le 9 août 2002, journée de la femme en Afrique du Sud, Saartjie Baartman fut inhumée après une cérémonie propre aux coutumes de la région où elle était née. En 2010, le réalisateur Abdellatif Kechiche réalisa un film abordant l’histoire de Saartjie, sous le titre Vénus Noire.

 

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