Sénégal : pourquoi la perspective d’un retour de Karim Wade fait peur

L’opposant sénégalais Karim Wade

Le 23 juin 2016 Karim Wade, le fils de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade était libéré de la célèbre prison dakaroise de Reubeuss. Le lendemain, il s’envolait pour le Qatar où il séjourne depuis 9 mois.

Depuis, Karim Meissa Wade ne s’est plus exprimé en public. Il préparait pourtant son retour au Sénégal où certains le voient comme le challenger de Macky Sall à la présidentielle de 2019.

La perspective d’un duel Karim – Macky en 2019

Ses soutiens à Dakar le jurent, Karim Wade n’a pas fait allégeance à Macky Sall. Il n’y a ni deal ni accord secret. Selon eux, son retrait et son long silence seraient stratégiques. En effet, à Dakar Karim Wade compte de nombreux soutiens. On croyait les trouver à l’imposant immeuble, qui se délabre peu à peu, abritant le siège du parti démocratique sénégalais (PDS) et trônant sur la VDN à Dakar, c’est finalement dans les quartiers populaires des HLM, Ouest-Foire et Derklé qu’on en parle le mieux.

Les populations rencontrées croient que Karim Wade va rentrer bientôt au Sénégal et que le principal adversaire de Macky Sall à la prochaine présidentielle ce sera lui. Un tel paradoxe, seuls les Sénégalais sont capables de le produire. En effet, Macky Sall a été élu en 2012 en surfant en partie sur le rejet de Karim Wade par les Sénégalais qui s’étaient élevés contre une succession dynastique à la tête de l’État.

Une fois au pouvoir, Macky Sall «n’a pas laissé Karim tranquille». Karim Wade a été poursuivi puis emprisonné pour des soupçons présumés de malversation et de détournement de fonds. Emprisonné de 2014 à 2016, l’ancien détenu le plus populaire de Reubeuss a retrouvé les bonnes grâces de nombreux sénégalais.

«Les Sénégalais aiment les hommes politiques suppliciés»

Des Dakarois, pas indifférents au sort de Karim Wade, se plaisent à répéter «Les Sénégalais aiment les hommes politiques suppliciés». Cette affirmation est particulièrement vraie dans cette démocratie ouest-africaine. Après plusieurs séjours en prison et des brimades sous les régimes de Senghor et de Diouf, Abdoulaye Wade a fini par accéder au pouvoir. Devenu Président de la République, Abdoulaye Wade a fait enfermer son ancien Premier ministre, Idrissa Seck, pour une affaire de détournement présumée de fonds présumée dans le cadre des chantiers de la ville de Thiès. N’eut été une erreur politique jugée impardonnable par de nombreux Sénégalais la veille de la présidentielle de 2007, Idrissa Seck, devenu opposant, aurait contraint Abdoulaye Wade à un second tour.

Macky Sall, l’actuel président, n’a pas échappé à cette logique. Ancien premier ministre puis président de l’Assemblée nationale sous Abdoulaye Wade, il avait voulu convoquer Karim Wade devant le parlement pour être questionné sur sa gestion de fonds alloués à une agence publique sous sa responsabilité. Mécontent de voir une telle procédure engagée contre son fils, Abdoulaye Wade l’avait brimé, humilié et démis de ses fonctions. Quelques mois plus tard, les Sénégalais ont voté massivement pour Macky Sall et contre Abdoulaye Wade.

Le rêve d’une alliance entre Karim Wade et Khalifa Sall

Conscient qu’il sera dans une meilleure situation pour obtenir les votes des Sénégalais en 2019 qu’il ne l’a été en 2012, Karim Wade s’active. Du Qatar où il se trouve, il travaille à la coordination de la myriade d’associations et partis politiques qui le soutiennent. Ces soutiens affirment que près de 1000 associations travaillent chaque jour à la préparation de sa candidature à l’élection présidentielle à travers le Sénégal.

Le PDS, son parti, l’a déjà désigné comme candidat. Certes le parti est affaibli depuis qu’Abdoulaye Wade a quitté le pouvoir. Ses rangs se sont clairsemés, car beaucoup de responsables n’ont pas accepté la volonté d’Abdoulaye Wade de garder la main sur l’appareil du parti pour le mettre à la disposition de son fils Karim. Cependant, le PDS conserve une base forte et une histoire utile lors d’un scrutin présidentiel.

Du Qatar, Karim Wade est connecté à Dakar. Il cherche des soutiens, réfléchit aux éventuelles alliances. Pour cela il échange avec tous les déçus de Macky Sall. Son meilleur ennemi Khalifa Sall, le maire de Dakar, bien sûr, mais aussi Idrissa Seck, le président du parti Rewmi. Parmi les interlocuteurs réguliers de Karim Wade, on compte également Malick Gakou le président du Grand Parti (GP) et des anciens ministres comme Mamadou Diop Decroix ou l’ancien président de l’Assemblée nationale Pape Diop.

À Dakar, les partisans de Karim Wade se réjouissent de ces échanges. Les plus optimistes rêvent d’une alliance avec Khalifa Sall, le maire de Dakar, l’autre figure de proue de la contestation anti-Macki Sall. «Si Karim et Khalifa se mettent ensemble, Macky n’a aucune chance d’être réélu», croit savoir un partisan du PDS qui semble s’accommoder d’une éventuelle alliance entre un leader libéral et un responsable socialiste. «C’est fréquent au Sénégal, ça ne nous choque pas» conclut-il.

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