Soudan du Sud : une taxe de 10 000 dollars pour les travailleurs humanitaires

Alors que le Soudan du Sud est en proie à un climat socio-politique miné par une guerre civile extrêmement meurtrière, entraînant une crise humanitaire grave, le gouvernement vient de décider de taxer les travailleurs étrangers d’un montant de 10 000 dollars au grand dam des travailleurs humanitaires œuvrant dans le pays.

C’est une décision surprenante que vient de prendre le gouvernement de Juba. Une circulaire du ministère du Travail avec effet immédiat datée du 2 mars, stipule que dorénavant le permis de travail pour les étrangers coûtera 10 000 dollars. Il fallait débourser 100 dollars auparavant pour avoir le droit de travailler sur le sol sud-soudanais.

Une situation humanitaire grave

Le pays est frappé de plein fouet par une famine sévère à cause du conflit armé qui oppose, depuis 2013, les troupes du président Salva Kiir et de l’ancien vice-président Riek Machar. Le bilan de cette rivalité s’élève déjà à des dizaines de milliers de morts et plus de 2,5 millions de déplacés. L’ONU, qui a annoncé qu’environ 100 000 personnes commencent à mourir à cause de la faim, a déclaré l’état de famine le 20 février dernier.

Aussi vendredi dernier, l’ONU annonçait que l’épidémie de choléra qui touche le Soudan du Sud avait atteint Malakal, la deuxième plus grande ville du pays. Plus de 5500 cas sont dénombrés à travers le pays. La situation humanitaire étant critique, le Soudan du Sud est aidé par les organisations humanitaires pour y faire face.

Conditions de travail difficiles

Malheureusement, les travailleurs humanitaires travaillent au Soudan du Sud dans des conditions extrêmement difficiles. Ils éprouvent d’énormes difficultés à atteindre les zones touchées par la famine et sont souvent sujets à des braquages fomentés par les forces de défense sud-soudanaises.

Un porte-parole de l’ONU à New-York s’exprimant à ce sujet a déclaré ceci : «Au Soudan du Sud, les humanitaires continuent de faire face à de multiples obstacles pour apporter de l’aide. Ils sont attaqués et n’ont pas accès aux zones les plus touchées par la famine. Ils font aussi face à des tracasseries administratives. Cette nouvelle taxe en fait partie».

Quel est l’interêt de cette mesure ?

Il semblerait que c’est pour palier à un manque de recettes que cette mesure a été prise. Interrogé par Associated Press, le ministre sud-soudanais de l’Information a déclaré que «cette mesure vise à augmenter les revenus de l’Etat».

En d’autres termes, l’État sud-soudanais voudrait profiter de la crise humanitaire qui sévit dans ce pays pétrolier pour renflouer ses caisses. Étant donné que les principaux revenus de cet état proviennent de la rente pétrolière (enjeu de la guerre), l’état sud-soudanais peine à se financer car la principale zone du conflit est la région pétrolière d’Unité.

L’équation est simple. Tant que la guerre avec ses conséquences désastreuses continuera, il y aura toujours une affluence en travailleurs humanitaires dans ce pays. Ce flux de travailleurs étrangers constitue donc une manne non négligeable pour le gouvernement sud-soudanais. C’est une sorte de «rançon déguisée» qui a été promulguée.

Espérons que cette mesure n’aura pas pour conséquence une diminution du nombre de travailleurs humanitaires au Soudan du Sud.

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