Swaziland : entre richesse culturelle et pauvreté accrue

En retraite depuis le mois de novembre 2016 dans le cadre de l’Incwala – rituel traditionnel – le roi du Swaziland est de retour sur le devant de la scène politique et AfricaPostNews vous propose un focus sur l’un des plus petits pays du continent. Souvent connue comme la « dernière monarchie absolue d’Afrique », la tradition occupe une place particulièrement importante dans le quotidien des Swazis. Occasion pour nous d’en parler en long et en large, sans le moindre tabou.

Situation géographie et contexte politique

Ancienne colonie britannique, le Royaume du Swaziland est un petit pays d’Afrique enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique. Appelé Umboso we Swatini, en swati — langue officielle avec l’anglais — le pays compte à peu près 1,3 million d’habitants. Indépendant depuis le 6 septembre 1968, il est actuellement dirigé par le Roi Mswati III couronné en 1986.

Le roi gouverne conjointement avec sa toute puissante mère, surnommée la Grande Éléphante. La fonction de Premier ministre existe bel et bien, mais la majorité des pouvoirs, si ce n’est tous, sont concentrés entre les mains de la famille royale. Autant dire qu’il n’y a que très peu de place pour l’opposition qui se réunit en association et non en parti politique, le multipartisme étant officiellement interdit.

Peu regardant en ce qui concerne les dépenses favorisant son confort et celui de sa famille, la question des priorités du roi est souvent posée par ses détracteurs. Voitures de luxe, budget domestique de 61 millions de dollars, shopping annuel aux États-Unis aux frais du contribuable pour ses nombreuses femmes, de quoi créer la polémique sur la gestion des caisses de l’État.

Un pays aux traditions bien ancrées, mais parfois controversées

Pays très attaché à ses traditions, le calendrier swazi est rythmé, chaque année, par deux évènements majeurs. Tout d’abord, l’Incwala. Ce rituel qui se déroule sur 3 à 4 semaines se concentre autour de la personne du roi. Après les danses et chants marquant le début de la cérémonie, il se retire un temps dans une case, où nul ne peut le déranger. Ces dernières années ont vu émerger des critiques sur ce qui se ferait réellement durant ce rituel. Accusations de pratiques sexuelles incluant des animaux, sorcellerie, beaucoup de secrets entoureraient cette mystérieuse cérémonie.

Deuxième évènement, et pas des moindres, l’Umhlanga. Aussi appelée la «?danse des roseaux?», cette réjouissance se déroule chaque année entre les mois d’aout et septembre. Bien plus qu’une fête, c’est un rituel établi par Mswati III pour encourager les jeunes filles à demeurer vierges avant le mariage. Tout au long des huit jours de festivité, les femmes vierges du pays, parées d’accessoires traditionnels (collier de perles), se déplacent vers le village royal afin d’offrir à la reine mère des roseaux qu’elles ont elles-mêmes coupés et qui serviront à rebâtir la devanture du palais.

Armées des couteaux précédemment utilisés pour la découpe des roseaux, elles vont ensuite danser pour leur roi. Il arrive que durant la cérémonie, ce dernier se choisisse une nouvelle épouse parmi les danseuses. Bien que très critiquée, tant au niveau national qu’international, car vue comme «?barbare?» «?dégradante pour la femme?», le roi n’entend pas renoncer à cette cérémonie.

La polygamie au sommet de l’État

Nous en parlions, plus haut, durant la danse des roseaux le roi a la possibilité de se choisir une nouvelle femme chaque année. La polygamie n’est donc pas un fait peu commun. On lui connaît à l’heure actuelle 15 épouses. Toujours en lien avec leurs croyances et traditions, avant même de se choisir lui-même une femme, le roi se voit attr

Le Roi Mswati III.

ibuer deux épouses par un conseil royal. Il a ensuite le libre arbitre de choisir autant de femmes qu’il veut, selon des règles bien fixées.

En effet, pour prouver leur capacité à procréer, les femmes choisies par le Ngwenyama (roi) doivent tomber enceintes avant de devenir légalement reines. Lorsque l’on sait que son père, feu Sobhuza II, eut 70 épouses (d’aucuns avancent le chiffre de 120), tout laisse à supposer que Sa Majesté Mswati III ne s’arrêtera pas en si bon chemin… Comme dirait le dicton populaire, «?tel père, tel fils?»…

Le VIH/Sida : le fléau de la région, mais également du pays

Outre son monarque, le Swaziland est tristement connu pour son taux d’infection VIH/Sida très élevé. En effet, la pandémie a atteint un taux record, avec un taux de prévalence de 28,8 % en 2015 soit 210 000 personnes de 15 ans et plus vivant avec le VIH (chiffres ONUSIDA). Des chiffres qui ne sont pas en contradiction avec ceux de la région. En effet, l’Afrique Australe connaît un taux d’infection au VIH particulièrement élevé.

Le VIH est un véritable problème de santé publique qui affecte le Swaziland. La situation alarmante du pays oblige le gouvernement, qui jusqu’ici niait le problème, à se pencher sérieusement sur la question. Comment faire reculer la maladie En 2016, Sibusiso Dlamini, Premier ministre, annonce un plan visant à réduire, voire éradiquer le virus, d’ici 2022.

Dénommé plan Umgubudla, ce dernier s’articule autour de cinq axes principaux : l’accélération de l’accès au traitement du VIH, l’augmentation du nombre de procédures de circoncisions masculines médicales volontaires, l’expansion des programmes de prévention du VIH pour les adolescents, la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant et une gestion efficiente des cas de co-infection par le VIH et la tuberculose.

En plus des maladies, la sécheresse frappe également le pays. Subissant encore les conséquences du phénomène El Niño 2016 — phénomène climatique caractérisé par l’augmentation anormale des températures —, le pays a été touché par la sécheresse, et avec la sécheresse vient malheureusement la famine.

Sans eau, l’agriculture, principal secteur d’activité, est impossible. Avec les deux tiers des habitants vivant sous le seuil de pauvreté, et un roi dont la fortune personnelle s’élèverait à 200 millions de dollars en 2009 selon le magazine économique américain Forbes, le pays connaît l’une des plus sombres périodes de son histoire. Avec la situation précaire du pays combiné à la myriade de problèmes de santé publique, il n’est pas étonnant que l’espérance de vie ne dépasse pas les 48 ans au Swaziland, d’après les chiffres fournis par le World Food Programme (WFP).

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