Tchad-Sénégal : Hissène Habré condamné à la prison à vie, un procès Symbole

Hissène Habré devant le tribunal de Dakar, Sénégal, 3 juin 2015. © AFP/SEYLLOU

Actualité Tchad – Sénégal  – Le verdict est tombé jeudi dernier pour l’ancien président tchadien Hissène Habré . Les chambres africaines extraordinaires, en charge de son procès en appel, ont confirmé une condamnation à perpétuité pour l’ex-président. Il a été reconnu coupable de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de tortures. La sentence est définitive.

 

Pas de miracle pour l’ancien président tchadien Hissène Habré à Dakar. Le tribunal spécial africain en charge de son procès en appel, a confirmé le verdict du procès en première instance. Harbré est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité . Cependant, parmi les charges retenues, celle de viol a été écartée. Il est donc condamné pour Crimes de guerre, crimes contre l’humanité et acte de torture. La cour a également ordonné qu’un montant de 82 milliards de francs CFA (soit 123 millions d’euros) soit reversé aux victimes par Habré. Cette décision marque la fin saga judiciaire, car aucun recours n’est plus possible.

Pour les avocats des victimes, c’est l’aboutissement de plusieurs années de procédure. Pour l’avocate Jacqueline Moudeïna, « Il n’y a que de la joie parce qu’on a confirmé la condamnation d’Hissène Habré. Et ça, on s’y attendait. Donc aujourd’hui il n’y a pas du tout de frustration. C’est beaucoup plus la joie. Nous sommes sortis de ce tunnel de 17 ans. On a fait un travail pour lequel nous pouvons nous déclarer très fiers en tant qu’Africains, en tant que Tchadiens ». Un sentiment de fierté et de soulagement partagé par les victimes qui se battent depuis une vingtaine d’années pour certains.

Hissène Habré avait régné de main de maître sur le Tchad de 1982 à 1990. Ce dernier avait été renversé par Idriss Deby Itno , actuel président tchadien. On estime à près de 40 000 morts les victimes de la répression qu’il avait menée dans le pays. Du temps de ce dernier, les arrestations arbitraires, tortures, exécutions et autres crimes étaient légion. Réfugié au Sénégal, c’est en 2000, qu’un collectif de victimes dépose une plainte contre lui à Dakar. C’est le début d’une longue procédure judiciaire, dont le tournant est la création d’un tribunal spécial, habilité à juger ses exactions. Hissène est arrêté 30 juin 2013. Deux ans après, en juillet 2015 il est jugé en première instance et 30 mai condamné à la prison à perpétuité le 30 mai 2016.

Un message fort pour les dictateurs d’Afrique et les peuples opprimés

Le verdict du Procès en appel de Hissène Habré a provoqué une salve de réactions. Au bord des larmes, les victimes du régime de l’ex-dictateur tchadien, ont exprimé leur joie et leur satisfaction. Elles attendent ce verdict depuis plus de vingt-cinq (25) ans.

Le gouvernement tchadien, par la voix de son porte-parole Madeleine Alingué   , s’est également exprimé. « Le gouvernement du Tchad salue le fait que la justice fait son travail et que la justice avance avec des progrès indéniables », a-t-elle déclaré. Même réaction dans l’opposition, où de nombreux leaders ont exprimé leur satisfaction. Pour Saleh Kebzado, leader de l’Union nationale de la démocratie et du renouveau le procès d’Habré devrait servir d’exemple en Afrique.

C’est d’ailleurs ce que pensent de nombreuses victimes. Pour ces dernières la condamnation d’Habré sonne le glas pour les dictateurs dans le monde en général , en Afrique en particulier. Clément Abaifouta, le président de l’Association des victimes, a estimé que « Tous les Hissène Habré à travers le monde vont désormais être inquiétés ». L’avocat des victimes Reed Brody est du même avis. « Ce procès démontre que des victimes peuvent créer les conditions politiques pour que leur dictateur soit traduit en justice », a révélé l’avocat américain.

Désormais « L’Afrique peut juger l’Afrique »

Le procès d’Hissène Habré est aussi une première dans le monde africain. En effet, c’est une cour supranationale basée au Sénégal, qui était chargée de conduire ce procès en appel. Conçues par les experts de l’Union Africaine (UA), les chambres africaines extraordinaires (CAE) sont un tribunal spécial né d’un accord entre l’institution africaine et le Sénégal. Elles ont pour mission de poursuivre les responsables de crimes de guerre, de génocide, de crimes contre l’humanité et de torture commis au Tchad pendant le règne d’Hissène Habré. Les CAE s’appuient sur le droit pénal international ainsi que le Code de procédure sénégalaise.

Pour le président de l’association des victimes du régime d’Hissène Habré, ce procès est la démonstration de la capacité des Africains à faire leur propre justice. « Moi, je dis le droit n’a pas de couleur. Vous avez fait mal, vous êtes un criminel. Il faut être jugé. Que vous soyez jugés par les Blancs, par les Noirs, moi le droit n’a pas de couleur. Mais je me dis qu’aujourd’hui, on peut être d’accord que l’Afrique peut juger l’Afrique », a-t-il déclaré.

Un procès symbole qui intervient alors que de nombreux pays africains remettent en cause l’autorité de la cour pénale internationale (CPI). Plusieurs chef d’états africains, ont au cours des deux dernières années manifesté leur volonté de quitter ladite instance internationale. Ces derniers dénoncent un parti pris dans la gestion des affaires et un certain acharnement sur les Africains . Ils revendiquent également le droit de l’Afrique de prendre en charge ses propres affaires. Cependant, jusqu’à présent, aucune solution concrète n’a été trouvée pour remplacer la CPI en Afrique.  

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