Tchad : le pays peut enfin souffler après une renégociation de sa dette

Économie (Africapostnews)- Le pays d’Idriss Deby peut enfin souffler financièrement. Ce mercredi, le Tchad est enfin parvenu à renégocier sa dette auprès de son créancier, la société anglo-suisse de négoce en matières premières, Glencore. Ainsi, après des mois de discussions, la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) s’est vue octroyée deux années supplémentaires afin de régler ses dues.

Pour le ministère des finances, cet accord « sanctuarise l’approvisionnement en brut de la raffinerie de N’Djamena » en lui garantissant la fourniture d’électricité et d’énergie. Pour l’heure, aucune concession n’a été faite en contrepartie.

Un accord résultant de longues négociations

Dans l’incapacité de rembourser une dette qui s’élève aujourd’hui à 1,36 milliard de dollars payables en barils de pétrole, le Tchad renégociait depuis huit mois sa restructuration avec Glencore. Désormais, le pays peut s’octroyer une brève pause puisque la société étrangère a fini par lâcher du lest. En effet, l’accord signé avec son créancier prévoit un rallongement de la maturité de la dette de dix à douze ans, un taux d’intérêt ramené à 2 % (contre les 7.5% antérieurs) et un approvisionnement intégral de la raffinerie de N’Djamena, permettant l’alimentation en électricité de la capitale.

Toutefois, le comportement coopératif de Glencore résulte de pourparlers tendus et conclus sous la contrainte. En effet, autrefois intraitable, le créancier du Tchad s’est adouci sous la menace de se voir retirer la commercialisation de son pétrole au profit de la compagnie américaine ExxonMobil. De plus, la présence de la banque française Rothschild à de la table des négociations, permit de renforcer la position autoritaire tchadienne. Toutefois, il serait utopique de juger la participation française comme anodinement bienveillante. En effet, le Tchad, indispensable dans la lutte menée au Sahel par la France contre le djihadisme, ne peut assurer sa fonction de rempart en étant assujetti.

L’impact de cet accord sur le Trésor tchadien est considérable. Il faut rappeler que le pays consacrait 85% de ses revenus pétroliers à la réduction de cette aide. Un rythme, qui, conjurée à la situation politique du pays, s’avérait tout bonnement intenable. Par ailleurs, la chute des prix du baril suite aux emprunts de 2013 et 2014, avait contraint le gouvernement à réduire les salaires des fonctionnaires des trois quarts. De plus, l’agitation sociale grossissait depuis le mois dernier.

La possibilité d’une nouvelle tranche de prêt du FMI

Avec ce répit, l’Etat pourra désormais demander l’ouverture de la deuxième tranche de prêt du Fonds monétaire international (FMI), conditionnée à la restructuration de sa dette envers la société suisse. Par ailleurs, s’était employé depuis le début de l’année, à maîtriser ses finances afin de respecter les impératifs de l’organisation. Dans ce cadre, cette restructuration de la dette est une aubaine. Ainsi, le communiqué publié par le ministère des finances indique que « cet accord de restructuration permet de garantir la soutenabilité de notre dette extérieure et d’assurer le financement de notre programme triennal avec le FMI » ; De plus, toujours selon ce même document, « cet accord sauve définitivement l’équilibre et les hypothèses sur lesquelles repose la loi des finances de l’exercice 2018 ».

Des conséquences nationales et internationales à prévoir

Sur le plan international, cet accord entre le Tchad et Glencore pourrait faire jurisprudence dans d’autres pays pétroliers d’Afrique, tels que le Congo dont la dette (payable en barils) est estimée à 2 milliards 300 millions. En effet, ce dernier dont les principaux créanciers sont les sociétés Trafigura mais également Glencore, pourrait s’inspiré du cas tchadien.

Sur le plan national, cette bouffée d’oxygène est prise au moment où les tensions sociales sont au plus haut. La grève générale engagée fin janvier dans la fonction publique contre la réduction de moitié des indemnités et primes des fonctionnaires suit toujours son cours. De plus, les marches à l’encontre du gouvernement ont été interdites. Toutefois, le ministre des finances, Abdoulaye Sabre Fadoul, prévient tout espoir inhérent à cet accord puisque les recettes attendues de la restructuration de la dette de Glencore « sont déjà prises en compte dans la loi de finances 2018 ».

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