Togo : 43 ans après la nationalisation du secteur minier, le phosphate togolais respire sous oxygène

Togo (Africapostnews) – Le phosphate, une matière première qui contribue à 40% du PIB du Pays. Frappé par une instabilité récurrente, le réveil de cet éléphant économique du Togo n’arrive pas toujours. Est-ce que la décision de l’ancien président Gnassingbé Eyadema n’a-t-elle pas été précipitée ?

Tout commence le 24 janvier 1974, trois proches de l’ancien président le Général Gnassingbé Eyadema périssent dans un crash d’avion à Sarakawa, dans le nord du Togo. Le drame s’est produit quelques jours après une décision importante prise par l’ancien président d’augmenter le capital de son pays dans l’exploitation du Phosphate, en créant l’Office Togolais des Phosphate, OTP. Une société qui avait pour mission de concurrencer la Compagnie Togolaise des Mines du Bénin, CTMB, dont les capitaux étaient détenus par les Français.

Accident ou attentat ?

Une décision mal perçue par la grande métropole française qui n’a pas laissé une minute au feu Gnassingbé Eyadema de lier ce drame du crash à un sabotage qui visait uniquement son élimination.

Dès son retour au pays, le 2 février, le Général Eyadema prend des mesures fermes ; la Nationalisation de la CTMB, Compagnie Togolaise des Mines du Bénin et décide de créer, l’Office Togolais des Phosphates, OTP.
Le Togo perd ses clients potentiels dans le secteur minier, après les mesures annoncées par l’ancien président. Une crise s’installe, la chute est inévitable. Le gouvernement met une stratégie en place pour attirer d’autres clients, la porte est ouverte aux continents de l’Amérique et de l’Asie dont le Canada devient le premier importateur du phosphate togolais. La production redécolle avec une stabilité en moyenne annuelle, de 2.210 700 Tonnes. C’est en 1989 que le plus haut niveau de production a été enregistré, soit 3 355 540 tonnes sous l’OTP, Office Togolais des Phosphates.

Le Phosphate, principale source de revenus de l’État togolais, contribue à hauteur de 21% du PIB et représente plus de 40 % des recettes d’exportation.
Après plusieurs années de succès, l’office a sombré. Le Togo est le quatrième producteur mondial du phosphate, mais sa production a chutée de 22 % en 2002, causé par des pénuries d’énergie et le coût de développement de nouveaux gisements. Le secteur secoué par une chute vertigineuse de la productivité du phosphate, le gouvernement tergiverse avec des stratégies de relance qui ne donnent aucun résultat et personne ne relève le vrai problème.

Tentative de relance ?

En septembre 2001, la gestion du phosphate, autrefois assurée par l’OTP, est confiée à l’International Fertilizer Group, IFG-Togo avec un capital chiffré à 9 milliards de Franc CFA. Un accord trouvé entre le groupe BRIFCO Limited et le gouvernement togolais.

Là encore, un échec total. L’accord trouvé ne relance toujours pas le secteur, alors que le phosphate continue d’enregistrer son plus bas niveau de production avec 1 047 893 tonnes en 2005.

Liquidation de l’Office Togolais des Phosphates

L’arrivé au pouvoir de Faure Gnassingbé, succédé à son père, le feu Gnassingbé Eyadema n’a pas changé la situation.
En 2007, sous la gouvernance de Faure Gnassingbé, nouveau président, il décide de dissoudre l’Office Togolais des Phosphatesdeux ans après son accession au pouvoir. Il crée alors la SNPT, Société Nouvelle des Phosphates du Togo. Sa mission est l’extraction, le traitement et la commercialisation du phosphate togolais.

Le 12 avril 2007, le Ministre des Mines, Dammipi Noupokou fait un exposé impressionnant et clarifie devant l’Assemblée Nationales Togolaise .
L’opacité de la gestion de l’OTP, « pas d’audit, pas de rapport d’activité, des contrats complaisants, etc. » indique le Ministre, il poursuit, « c’est la corruption à grande échelle qui a contribué à faire sombrer ce qui fut le fleuron de l’économie au Togo », « la volonté des autorités de redynamiser le secteur des phosphates » conclut-il.

Le monde du phosphate est « assez opaque », estime un diplomate à Lomé. Selon les services techniques du Ministère des Mines, l’Etat Togolais devra investir plus de 30 milliards de Franc CFA, soit 46 millions d’euros pour réhabiliter des machines et autres matériels. Le gouvernement avait amorcé les discussions avec la Banque Islamique de Développement pour aider le Togo à sauver son phosphate, précise un responsable des finances.

Le phosphate était jusqu’au milieu des années 1990, le poumon économique du Togo et son premier produit d’exportation, représentant 40% des recettes de l’Etat.
Mais le secteur, entièrement public, a été fortement affecté par la mauvaise gestion et la corruption entre 1997 et 2007 et s’est totalement effondré pendant cette période, passant de 5,4 millions de tonnes de production annuelle à 800.000 tonnes.
En 2010, le gouvernement a mis en place un plan de relance estimé à plus de 200 milliards de FCFA (près de 305 millions d’euros) pour doper la production.

Les grèves interminables de personnel

La crise persiste et affecte le personnel. Les grèves se multiplient au sein des trois principales unités de production de Kpomé, Hahotoé et Dagbati, 2013 (72 heures), en 2014 (une semaine) et en 2015 (deux semaines).

En septembre 2016, un accord a été signé entre employeurs et employés malgré le protocole d’accord, les lignes n’ont toujours pas bougé en ce qui concerne l’application des clauses de cet accord.

Revendications des travailleurs du secteur Minier

Mais malgré le plan de redressement mis en place par l’Etat togolais et la hausse de la demande mondiale, notamment pour l’utilisation d’engrais agricole, le secteur peine à retrouver ses niveaux de production de la fin des années 1990.

Contre les grèves de 3 jours par semaine, les organisations syndicales ont décidé, à l’appel des agents, de porter le nombre de jours de débrayage à 15. « Nous sommes passés à deux semaines de grève. Le mouvement a commencé le 15 novembre 2017 et nous allons continuer. C’est ce que les camarades ont décidé ». a indiqué un responsable syndical.

Un feuilleton d’instabilité loin d’être terminé, le secteur minier gangrené par la corruption, la mauvaise gestion feront qu’empirer la situation.

Grévisse Musema

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