Togo : Il y a 50 ans, Nicolas Grunitzky était écarté du pouvoir par des militaires

13 janvier 1967 – 13 janvier 2017, il y a 50 ans Nicolas Grunitzky, le 2e président de la République du Togo, était écarté du pouvoir par des militaires sous les ordres  lieutenant-colonel Étienne Gnassingbé Eyadema. Arrivé au pouvoir près de 4 ans plus tôt à la faveur d’un coup d’Etat au cours duquel le président Sylvanus Olympio, son beau-frère, a été assassiné, Nicolas Grunitzky a été chassé du pouvoir par les militaires qui lui avaient permis d’y accéder.

Qui était Nicolas Grunitzky ?

Issu de l’union entre un allemand d’origine polonaise et d’une togolaise, Nicolas Grunitzky est né le 5 avril 1913 à Atakpamé, ville située au sud du Togo dans la région des plateaux. Après des études d’ingénierie à Paris,  il travaille au sein de l’administration coloniale française avant de se lancer plus tard dans l’entrepreneuriat. Engagé en politique au sein du Parti togolais du progrès (PTP), il parvient à se faire élire député en 1951 à l’assemblée territoriale du Togo ancêtre de l’assemblée nationale.

Au cours de la décennie qui précède la fin de la colonisation française en Afrique occidentale française (AOF), il jouera un rôle important dans l’histoire politique de son pays. C’est ainsi qu’il a assuré les fonctions de premier ministre de la République du Togo de septembre 1956 à mai 1958, année où s’est tenu le référendum de la communauté à l’issue duquel toutes les colonies françaises d’Afrique noire ont voté pour le maintien de la colonisation au travers de la Communauté française, à l’exception notable de la Guinée qui avait à sa tête Sekou Touré.

Dès son accession au pouvoir le 16 janvier 1963, Nicolas Grunitzky était déjà considéré comme un président en sursis. Parvenu au pouvoir par la force des armes et par la volonté du comité militaire insurrectionnel, il était également vu par certains comme le « traitre » qui pour accéder au pouvoir a fait assassiner son beau-frère. Son éphémère présidence (elle dura 3 ans 11 mois) fut marquée par un série de crises au plan social et politique et par l’omniprésence des militaires.

L’homme des français

Dans une Afrique où le parti unique devenait la norme, Nicolas Grunitzky toléra la démocratie et l’existence d’une opposition politique dans son pays. C’est d’ailleurs cette opposition, qui n’avait pas digéré l’assassinat du président Sylvanus Olympio, qui réclama son départ dans de grandes manifestations de rue en 1966 avec l’appui d’une partie de l’armée. Malgré ces manifestations qui auraient pu se solder par une chute de son régime, Nicolas Grunitzky, l’ami de la France, avait su compter sur l’intervention personnelle de l’ambassadeur de France de l’époque. Le diplomate français avait alors joué les bons offices pour dissuader l’armée de déposer Nicolas Grunitzky.

Ayant mal vécu cet épisode, Nicolas Grunitzky a organisé dans l’urgence une réforme de l’exécutif et le renforcement de ses pouvoirs. Le poste de vice-président, dauphin constitutionnel, a été supprimé et un gouvernement de fidèles a été formé.

Cependant, ces changements n’ont accordé à Nicolas Grunitzky qu’un répit de quelques mois. En effet, le 13 janvier 1967 aux environs de 5h30, Étienne Gnassingbé Eyadema annonçait à la radio que Nicolas Grunitzky était destitué par l’armée en raison de la « confusion politique ». Acte forcé ou volontaire, plus tard dans la matinée, Nicolas Grunitzky annonça qu’il quittait ses fonctions de Chef d’Etat. A la suite de sa destitution, il fut accueilli en Côte d’Ivoire comme exilé. Étienne Gnassingbé Eyadema lui succéda à la tête de la République du Togo qu’il dirigea sans discontinuer pendant près de 38 ans avant que son fils Faure Gnassingbé ne lui succède.

Nicolas Grunitzky est mort à Paris d’un accident de voiture le 29 septembre 1967. Il avait 56 ans.

Laisser un commentaire