La trépanation, une opération chirurgicale pratiquée traditionnellement en Afrique de l’Est

La tribu pratiquant la trépanation
Peuple Kisii du Kenya

Dans la majorité des manuels de sciences, il est enseigné que les origines de la médecine moderne remontent  à la préhistoire, plus précisément en Occident. Etant d’abord de tradition orale, l’Afrique peine souvent à être reconnue pour ses prouesses scientifiques.  Il existe pourtant en Afrique de l’Est, plusieurs peuples qui pratiquent la trépanation.

C’est l’une des premières opérations chirurgicales réalisées dans le cadre de la médecine. Elle consiste à ouvrir le crâne d’un patient sans anesthésie pour soulager sa douleur. Cet exploit, réalisé depuis la nuit des temps, n’a plus aucun secret pour les Gusii du Kenya, les Kuria de la Tanzanie et les Lugbara de l’Ouganda.

L’Afrique, berceau d’une chirurgie hors du commun

Les Gusii, connus encore sous le nom de Kisii ou AbaGusii sont des bantous installés dans l’Ouest du Kenya, plus précisément dans les districts de Kisii et Nyamira. On estime que leur population avoisine les 2.5 millions d’habitants. Ce qui attire l’attention en dehors du fort taux de fertilité de ce peuple, c’est son aptitude à réaliser une opération délicate digne des grands chirurgiens : la trépanation. En effet, ils la réalisent pour soulager de fortes migraines après une fracture du crâne, une épilepsie ou une attaque cérébrale.

On peut également citer les Lugbara de l’Ouganda, qui l’utilisent pour libérer les mauvais esprits, supposés responsables de divers pathologies tels que le vertige, la surdité ou encore la démence. Les Kuria, qu’on retrouve dans le nord de la Tanzanie, pratiquent aussi cette délicate opération.

Quelle que soit la motivation, cette opération chirurgicale est une nouvelle preuve que l’Afrique n’a attendu personne pour rentrer dans l’histoire contrairement aux propos de l’ancien président français Nicolas Sarkozy.

La trépanation, une opération à haut risque

La trépanation, premier acte chirurgical est donc réalisé depuis des décennies en Afrique. L’opération, bien que simple, effectuée sans anesthésie peut durer jusqu’à 4 heures. Elle est longuement préparée la veille par le chirurgien en chef appelé omobari omotwe en langue Gusii. Celui-ci se prépare mystiquement durant la nuit pour disposer son corps et son esprit.

Le lendemain,  quand l’opération commence, le patient s’assied ou se couche entouré de feuilles. Le cuir chevelu est alors incisé franchement avec un couteau de façon linéaire ou circulaire faisant une ouverture sur le crâne allant jusqu’à la vue du cerveau. Des plantes médicinales non identifiées sont occasionnellement mises sur la plaie pour supporter la douleur. On peut y rajouter du charbon pour éviter une hémorragie.

Les éventuels morceaux d’os, de corps étrangers ou encore caillots de sang sont dégagés avec les doigts ou en grattant avec un couteau tranchant. Une fois l’opération terminée, des feuilles de bananiers sèches sont utilisées pour refermer l’ouverture. Nul besoin de points de sutures.

Tout ceci est réalisé sans équipement médical, sans oxygène, sans anesthésie classique, sans neurochirurgiens dans un environnement occultant toutes les normes d’hygiène et de stérilité exigées dans le monde médical moderne. Paradoxalement, le taux de réussite atteint les 96% ce qui rendrait envieux n’importe quel chirurgien du cerveau formé en Occident.

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