[Tribune] Communauté Internationale – CPI : l’impérieuse nécessité d’être efficace

Yannick Nambo, Marine Salmon et Julie Denes, les co-fondateurs de Diplo21
Yannick Nambo, Marine Salmon et Julie Denes, les co-fondateurs de Diplo21

Du 19 au 21 juin 2017 s’est déroulé la 33ème session de l’Assemblée parlementaire paritaire (ACP-UE) à San Gilijan (Malte).

Dans son discours du 20 juin 2017, Sidiki KABA, le Président des Etats signataires du Traité de Rome a insisté sur la nécessité de lutter contre l’impunité en matière de crime contre l’humanité à travers la CPI.

Tout le monde ne peut qu’abonder dans ce sens ! Nous traversons en effet une période trouble qui voit le terrorisme sans frontière prospérer. L’importance de ce combat contre ce fléau ne peut pas, ne doit pas, couvrir l’impérieuse nécessité d’agir sans la moindre concession contre les multiples atteintes aux Droits Humains.

La lutte anti-terroriste a bon dos : soit la communauté internationale est aveugle et elle ne voit pas que les fonds publics alloués aux forces de sécurité de certains Etats ne sont pas utilisés pour ce qu’ils devraient être (d’ailleurs comme pour les différentes aides au développement) ; soit elle pense qu’en soutenant ces dictatures, elle bénéficie de leur total dévouement et fidélité sur de nombreux plans, notamment sur le plan économique. Dans les deux cas, c’est un calcul à somme nul.

Le terrorisme, comme les trafics et l’émigration, trouvent leur creuset dans la misère des peuples : c’est à dire le sous-développement, mais aussi l’oppression morale par la violation des droits humains.

C’est donc un leurre d’entretenir des dictatures où le développement n’aura jamais lieu car les institutions ne sont pas assez fortes pour empêcher la corruption, le détournement de fonds publics et compenser l’absence de vision politique des dirigeants.

C’est un cercle vicieux qui s’installe, dès lors que les oppositions politiques et la société civile qui dénoncent ces dictatures sont réprimées, entrainant ainsi un recul de plus en plus important des droits humains et un affaiblissement des institutions au profit de pouvoirs de plus en plus autocratiques.

Il est donc urgent d’aider par tous les moyens les mouvements démocratiques des pays où les dictatures alimentent la montée des fléaux : terrorisme, trafics et déplacements tragiques de populations. Urgent avant que d’autres dictatures dans le monde viennent soutenir à leur tour ces dictateurs avant que les démocraties européennes n’aient réagi de façon efficace.

Avec des institutions fortes installées dans ces pays, l’aide financière publique mondiale sera enfin utile au développement. Les peuples seront apaisés et les fléaux reculeront.

L’heure est grave ! En RDC, un rapport prouve que l’on recense aujourd’hui 3000 morts dans les violences au Kasaï depuis octobre 2016.

Dans ce pays comme dans d’autres pays d’Afrique francophone, mais aussi évidemment dans d’autres zones du monde (on pourrait citer de Venezuela par exemple), ce sont des milliers d’innocents qui ont soit perdu la vie, soit été contraints à des déplacements qui alimentent la crise mondiale des réfugiés.

Les preuves sont pourtant claires et limpides. Quand des efforts sont faits pour établir la vérité, les pouvoirs en place se permettent d’invoquer la sacrosainte « non-ingérence » si utile pour perpétrer leurs méfaits à huis clos. Alors même qu’ils ont signé les différents traités internationaux et qu’ils se servent des sièges qu’ils occupent au sein de ces différentes institutions internationales pour se légitimer.

Ces ignominies ont le point commun d’être commises dans des zones où l’instabilité politique est profonde.

Au Gabon, des analystes de la CPI sont arrivés le 20 juin 2017. Là encore, le pouvoir en place, détenteur de la force publique s’était adonné à des massacres après l’élection présidentielle du 27 août 2016, notamment l’attaque meurtrière du Quartier Général de Jean PING. Aujourd’hui, le clan BONGO privatise encore aujourd’hui les moyens de l’Etat pour intimider les populations éprises de justice et de liberté.

Appelons solennellement la communauté internationale, les juridictions internationales telle que la CPI à faire montre d’efficacité, à faire triompher la vérité et la justice. D’user de tous les moyens possibles pour faire cesser les exactions, les diverses atteintes aux Droits de Humains et ainsi sanctionner les responsables de ces actes ignobles.

C’est un devoir ! Il est par exemple déplorable de constater que l’OIF, qui a déployé un couteux dispositif d’observation, en partie au frais du contribuable français, pour le processus électoral gabonais de 2016, n’ait toujours pas rendu son rapport 10 mois après. Alors que chacun sait que la fraude électorale massive du clan bongo a causé des contestations qui ont été la source d’un massacre d’innocents et que les atteintes aux droits de l’homme perdurent au Gabon.

La communauté internationale et la CPI « jouent » leur crédibilité sur ces situations alarmantes, une crédibilité qui leur permettra d’être efficaces sur les dossiers à venir. Si les aspirations des peuples ne sont toujours pas respectées, nul doute que d’autres crises graves s’imposeront à La Haye.

Chacun doit prendre conscience que ces populations sont finalement à la merci de ces agissements criminels, tant que la vérité, l’Etat de Droit et la bonne gouvernance ne seront pas restaurés, que les institutions internationales qui sont en capacité d’agir représentent le dernier recours avant la violence. Il ne faut pas penser que l’Histoire, celle qui a endeuillé l’Humanité, ne peut pas se répéter, surtout lorsqu’on utilise les mêmes méthodes.

Il est impératif de lutter contre cette impunité, tant propice à la récidive !

Yannick Nambo, Marine Salmon et Julie Denes
Co-fondateurs de Diplo21

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