[Libre propos] Gabon : libre circulation des biens et des personnes en zone CEMAC

Frontière Gabon-Guinée
Frontière Gabon-Guinée | © Sept 2011 Jean-Pierre Rougou

La libre circulation des biens et des individus en Afrique est un rêve que de nombreux Africains aimeraient voir se réaliser. Il s’agit de faire de l’Afrique une plaque économique dynamique, de booster les économies des différents pays et le tourisme. C’est dans cette optique que les Africains saluent avec beaucoup de ferveur toutes les décisions de suppressions de visa entre pays africains et les décisions visant la libre circulation des biens et des personnes comme celle en étude à la CEMAC.

Cependant, les populations se contentent de souhaiter x et y changements sans forcément réfléchir sur les mécanismes aboutissants à leur mise en place, les solutions palliatives, les conséquences, etc. On veut quitter de la CPI, mais qu’est-ce qui va remplacer la CPI pour juger les crimes de guerre et les dictateurs africains ? On veut quitter le franc CFA, mais quelle solution monétaire est mise en place? On veut éviter l’ingérence occidentale dans nos républiques, mais quels systèmes sont mis en place pour responsabiliser nos dirigeants et prévenir la gabegie financière? Nous voulons la libre circulation des biens et des individus, mais qu’est ce que cela implique réellement pour les économies de petits pays comme le Gabon et la Guinée Équatoriale, opposés jusque là à cette mesure?

Trois majeurs avantages de la libre circulation en zone CEMAC

La libre circulation en zone CEMAC des individus et des biens (surtout) pourrait apporter beaucoup aux pays concernés. D’après les estimations de nombreux économistes, elle boosterait la croissance en Afrique centrale. Dans un pays comme le Gabon, dans lequel le coût de vie est assez élevé, l’affluence sur le marché de nombreuses denrées alimentaires, pourrait faire baisser considérablement le prix des produits.

De plus, le flux d’entrants pourrait être bénéfique pour le développement des petites et moyennes entreprises, et le secteur tertiaire, tant ces masses humaines viendront essentiellement pour le business!

Ces deux éléments pour le moins avantageux s’avèrent être quelque peu problématiques dans le cas du Gabon. Je m’explique: Les pays africains ont tous des niveaux de développement assez divers. Au Gabon, beaucoup de domaines sont encore vierges ce qui en fait une bonne destination pour les affaires. Cependant si le gouvernement actuel n’arrive pas à gérer 1,8 million de personnes, avec toutes les réalités que cela implique (école, logements, salaire, etc.) pourra-t-il gérer une population qui va s’accroître exponentiellement avec l’arrivée d’hommes d’affaires étrangers? Les villes risqueront l’implosion démographique et tous les problèmes sociaux qui vont avec.

Deuxièmement, la fuite des capitaux vers l’étranger a ruiné l’économie gabonaise. On déplore des centaines de milliards qui quittent le pays chaque année vers l’étranger produisant un étranglement de l’économie qui ne tourne pas assez. Cette situation est jugée alarmante par la France qui abrite pas moins de 60 milliards d’individus et l’un des plus grands PIB du monde. Imaginez donc ses effets dans un Gabon qui ne compte même pas 1 million d’actifs?

Troisièmement, le Gabon est en quête d’autosuffisance alimentaire. L’arrivée massive des denrées alimentaires de l’étranger, si elle permet la diminution du prix des produits agricoles, ne fera qu’accroitre la dépendance agroalimentaire du pays par rapport à ses voisins. Si parallèlement, les politiques agricoles ne portent pas les fruits escomptés, la situation deviendrait chaotique, dans la mesure où, seules des productions pharaoniques pourront concurrencer les produits importés abondants sur le marché.

Potentiels problèmes sociaux dans le cas du Gabon 

Les voisins africains sont particulièrement éveillés (ce qui est une qualité). Une fois arrivés au Gabon, ils lanceraient très vite leurs affaires et travailleraient dur pour engranger des bénéfices. Mais plus leur situation va se stabiliser, plus les populations autochtones tendront à se radicaliser. Il ne s’agit pas de justifier la xénophobie, mais de l’expliquer. Mon oncle dit souvent « c’est celui qui a faim et qui ne mange pas, qui traite tout le monde de sorcier. C’est humain ». Si le niveau de vie des autochtones ne croît pas au même rythme que celui des arrivants, ceux-ci seront tenus responsables (en plus des politiques) de leurs malheurs et accusés d’être en train de « voler leur travail/pays ».

Il est donc vital, avant d’ouvrir les frontières, de peser le pour et le contre, mais surtout, d’améliorer les conditions de vie des populations avant de les ouvrir aux autres. C’est le même principe que l’on applique à l’échelle humaine en invitant d’individu à d’abord s’aimer soi-même pour être accepter des autres. Ajouter à cela, une meilleure maîtrise de notre économie !

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