Zimbabwe : Les anciens combattants se disent prêts à lâcher Robert Mugabe

Christopher Mutsvangwa , président de l’association des vétérans

ACTU ZIMBABWE – Jeudi 23 mars à Harare avait lieu une réunion de l’association des vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe. Au cours des allocutions, les responsables de ladite association, grand soutien du président, ont annoncé officiellement la possibilité de voter un candidat autre que lui aux prochaines présidentielles.

Longtemps considérés comme des soutiens indéfectibles du président zimbabwéen Robert Mugabe, les anciens combattants seraient aujourd’hui prêts à lui tourner le dos. Réunis ce jeudi 23 à Harare, les vétérans de la guerre d’indépendance ont laissé entendre, par la voix du président de leur association qu’il se pourrait bien qu’ils se positionnent derrière un candidat autre que le président actuel, candidat à sa propre succession aux  élections présidentielles de 2018. Christopher Mutsvangwa, au nom de ses pairs, a annoncé que le choix des anciens soldats se porterait vers le candidat le plus compétent, même issu de l’opposition.

Au cours de son propos, le président dudit rassemblement n’a pas hésité à qualifier de « dictatorial » le pouvoir actuel, et à s’adonner à une critique acerbe contre le régime, et son incapacité à faire face à la crise actuelle qui sévit dans le pays d’Afrique australe. « Nous ne pouvons pas être gouvernés par un parti (la Zanu-PF de Mugabe) qui n’est pas démocratique », a-t-il lancé.

Devant une centaine d’anciens combattants, le président de l’association des vétérans n’a pas mâché ses mots quant à la possibilité pour le mouvement de participer activement aux débats politiques et d’agir de manière efficiente pour la résolution des problèmes face auxquels l’état se heurte. « Quand vous faites face à des sanctions et que vous ne savez pas comment les surmonter, alors abandonnez le pouvoir et donnez-le aux vétérans de guerre et vous verrez à quel point le pays s’améliore… Nous ne serons plus embêtés par les partis politiques, nous voulons simplement des gens compétents, pour que nous puissions relever ce pays du marasme économique dans lequel il se trouve et l’emmener à un autre niveau », a ajouté Christopher Mutsvangwa.

Le divorce entre Robert Mugabe et les vétérans

Par ces multiples interventions à l’encontre du régime de Robert Mugabe, les anciens combattants semblent désormais marquer une fracture franche d’avec le président emblématique du Zimbabwe. Cette nouvelle posture n’est que le résultat de nombreuses actions menées par l’association et des réponses parfois musclées des autorités. En effet, le 21 juillet 2016, dans un communiqué, l’association des vétérans avait violemment critiqué le pouvoir d’Harare, qu’il avait traité de « régime dictatorial ». S’opposant à la candidature de celui qui est désormais le plus vieux président en activité du monde, ils avaient accusé Robert Mugabe d’être responsable de « la souffrance de la population destinée à son autoglorification ».

En réponse à ces accusations, le président nonagénaire avait lancé une vague de répression qui s’est traduite par les arrestations de certains membres de l’association, dont le secrétaire général de l’association, Victor Matemadanda, interpellé dans le nord-ouest du pays. D’ailleurs, le rassemblement qui se tenait ce jeudi dans la capitale zimbabwéenne avait été sous le coup d’une interdiction de la police, levée finalement par la Haute Cour de justice d’Harare.

Un régime au plus bas un an avant la présidentielle

Par cette position ferme, les anciens combattants, ceux-là mêmes qui avaient porté Robert Mugabe à la tête du pays, au sortir de la guerre d’indépendance en fin des années 70, rejoignent le concert des voix qui s’élèvent et s’opposent à son régime. Depuis quelques années, le pays connait une montée impressionnante de mouvement de contestation d’opposition et de la société civile, qui se heurte à la rigidité et à la répression du pouvoir.

À un an des élections, le pays qui rencontre d’énormes difficultés sociales et économiques, est de plus en plus incontrôlable pour Robert Mugabe, dont les appuis le lâchent un à un.

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